Chronique 04/47
Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIREN° 4
« Aïe, ma gueule ! Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ? »
Seigneur, au secours ! Prends pitié des innocents !
On sait qu’en cette fin août 1982 voyant le terrorisme galoper, le président Mitterrand avait appelé près de lui depuis peu le commandant du GIGN, Christian Prouteau. Lui confiant, entre autres charges « annoncées », celle de coordonner l’action des divers services appelés à en connaître, ceux-ci ayant tendance à se disperser, à œuvrer parfois dans un esprit de boutique regrettable, inefficace.
Le samedi 28, le nouvel Elyséen se trouve chez son père, brillant colonel retraité en province. Peu avant 16 heures, Paul Barril nous rejoint dans mon bureau et tient le briefing attendu ; ceci en présence de quelques gradés enquêteurs. Il en résulte qu’un terroriste domicilié 82 rue Diderot à Vincennes, pisté sur Paris mais perdu de vue par un gars du GIGN, sera arrêté dans la rue lors de son retour chez lui. Une surveillance est exercée à proximité. Sitôt l’appréhension opérée, les enquêteurs se tenant en stand-by en seront informés et le prendront en charge… vous étant à leur tête pour les commander.
Prouteau est aussitôt appelé au téléphone depuis mon combiné. Il est informé tant par vous que par le capitaine de la situation du moment et de son déblocage attendu.
D’après vos récits ressassés, il vous aurait ordonné : « Tu laisses faire Paul… tu le couvres en procédure… c’est l’Elysée qui pilote », etc. !» Sous-entendu : « Ferme-là ! Garde-à-vous, exécution ! » C’est faux, archifaux ! Je vous entends encore aujourd’hui répondre par l’affirmative à l’intéressé s’enquérant sur le point de savoir si les OPJ arrivés étaient en nombre suffisant. Les propos « tu le couvres en procédure » sont pure invention de votre part, très très tardive mais que vous ferez gober. D’ailleurs Prouteau, rassuré par la présence d’OPJ opérationnels, aurait-il pris le risque insensé de leur faire imposer silence et illégalité par votre canal ? Inconcevable ! Ceci ne m’aurait aucunement échappé sur le moment, pas plus d’ailleurs qu’à la logique de tout être sensé analysant ces données prétendues. Et puis nous en aurions reparlé après le départ rapide du capitaine, ce qui ne fut pas le cas.
Il est exact que Prouteau a donné le conseil de « laisser faire Paul .» Mais il s’agissait uniquement de la phase arrestation dans la rue. Et en aucune façon de le laisser pénétrer seul chez le terroriste pour y agir à sa guise (une telle éventualité n’a aucunement effleuré notre pensée à tous, d’autres gradés et à moi). Je vous rappelle la raison de ce conseil de Prouteau précédant la décision prise par Barril et vous… avec ma propre approbation exprimée: « il est effectivement préférable que ce soit le GIGN qui s’expose à la réaction d’un homme supposé armé et sur le qui-vive, plutôt que des enquêteurs moins aguerris que ses composants. »
Par ailleurs, ce jour du 28 août, personne ne vous a ordonné de ne pas prévenir le parquet de Créteil tant avant qu’après l’arrestation des Irlandais ainsi que vous le prétendez. D’une part, ce n’était aucunement une obligation avant l’action. Elément que vous n’ignorez pas. Si tout enquêteur importunait un magistrat à chaque fois qu’il envisage l’éventualité d’une arrestation, il faudrait au moins en centupler le nombre… Sans compter qu’en cas d’échec, l’enquêteur aurait belle mine de dire : « Monsieur le procureur, j’ai manqué ma cible. Je vous rappellerai à chaque fois que je repartirai à sa recherche ».
D’autre part, jusqu’à l’appréhension des deux hommes Irlandais (peu après 18h), il est exact que la crainte exprimée – celle de Barril et la vôtre – était celle d’une indiscrétion filtrant en direction de la hiérarchie policière soupçonnée de vous souffler l’affaire, de vous griller de vitesse.
Peu après les arrestations de Plunkett et King, vous en rendez compte à notre hiérarchie parisienne et informez Prouteau. J’entends encore vos paroles : « C’est une affaire en béton, j’te dis, Christian. Du béton ! La Gendarmerie va redorer son blason… Les saisies ne sont pas aussi importantes qu’escompté, mais on a des armes, de la paperasse qui va parler… La planque continue…».
De même, dans la foulée vous informez le substitut de permanence à Créteil, monsieur Touboul. De mon côté, je rends compte à mon colonel du groupement ainsi qu’au secrétaire général de « ma » sous-préfecture (Guéguen) et de « ma » mairie (Mespoulhé). En leur suggérant de répercuter l’information vers le sous-préfet (Nester) et le maire (Clouet) afin qu’ils écoutent le 20 heures de TF1 où, selon vos dires diffusés aux personnels, une annonce doit être passée.
Ceci étant précisé ici catégoriquement, pourquoi avoir clamé et écrit depuis, que Touboul ayant seulement appris l’information par le JT de J.-C. Bourret, vous a fait le reproche de ne pas l’avoir informé plus tôt ? C’est faux ! D’ailleurs, en fin de matinée du dimanche 29, lorsque je vous ai conduit auprès de lui et du substitut Barreyre (après passage au 82 rue Diderot et au c commissariat local), nous avons été très bien reçus, félicités même. Barreyre appréciant mon travail depuis 1969 alors que je servais à Créteil et étais en rapports fréquents avec lui, je me suis toujours demandé depuis s’il ne me considérait pas comme étant enquêteur moi aussi, par le seul fait de ma présence à votre côté.
Et puis, pourquoi leur avez-vous caché que vous n’étiez pas habilité OPJ, mais seulement gratte-papier d’état-major ? Il en eut été autrement de leur attitude, c’est certain ! Et ce n’est pas moi qui aurais voulu reprendre à zéro, à ma charge et sous ma responsabilité, la procédure écrite engagée sous votre commandement !
Toujours à propos du substitut Touboul, dans vos productions littéraires, vous dites regretter qu’il n’ait pas été cité au procès de 1991, où vous comparaissiez du chef de subornation de témoins. Pensez-vous qu’il aurait menti en votre faveur ? Ou dit la vérité : à savoir que vous l’avez informé bien avant 20 heures et qu’en conséquence il ne vous a fait aucun reproche. Alors, monsieur Beau, souffrez que je vous pose cette question : « Pourquoi ne l’avez-vous pas fait citer vous-même en appoint de vos quelques souteneurs inconditionnels et/ou bernés du moment ? » Un magistrat de vos amis a bien été cité à votre demande, lui, … en tant que témoin de moralité, il est vrai.
Souffrez aussi que je vous tire mon chapeau : vous êtes un stratège et un communiquant hors pair ! Il est vrai qu’avec vos cours de communication suivis, votre bac + 7… et votre « force de persuasion » aux mille facettes…
La mémoire vous revient-elle ?
(Chronique 05/47 parue)
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