Chronique 16/47
Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 16
France-Soir (4 août 1983)
Big chief, avant d’en venir à la suite de nos rapports plus « intimes », je tiens à vous rappeler En 1/ la teneur du rapport du général Boyé, En 2/ la rogne de notre hiérarchie face à nous, boucs émissaires vincennois, En 3/ le résultat de l’enquête du procureur de Créteil en la personne de son premier substitut, Russier.
1 / Au lendemain de vos « héroïssimes » aveux de culpabilité, l’inspecteur général Boyé remet le compte rendu de son enquête « reprise à zéro » au ministre Charles Hernu. Dans son exposé, il souligne l’anormalité réelle de l’autonomie du GIGN qu’il estime devoir être recadré pour un retour à des missions contrôlées. Il n’incrimine aucunement Prouteau dans l’Affaire ! Par contre, s’il reconnaît les mérites de Barril pour avoir habilement exploité des renseignements importants, il lui fait reproche de son rôle personnel tenu le 28 août 1982. Il lui fait aussi reproche de donner une version des faits identique à la vôtre, c’est-à-dire mensongère (pas anormal, puisque vous lui aviez remis votre fameux compte rendu publié en ma Chronique 07/47).
Parlant de vous, apitoyé par votre apparente attitude de repentance au moment de votre « accouchement », le général inspecteur indique que vous avez pu avoir été trompé en pensant qu’il s’agissait d’une affaire décidée au plus haut niveau de l’Etat. Il note votre grandeur d’âme, apparente elle aussi, basée sur le fait que vous dégagez de leurs responsabilités, et Barril (!!!), et tous les enquêteurs ayant exécuté vos ordres (exclusion faite des Vincennois Lemonnier et Caudan, cela va de soi)(Parbleu, vous avez tellement besoin de leur témoignage en votre faveur qu’il fallait bien leur faire savoir que vous les couvriez !).
A votre encontre comme à celle de Barril, Boyé propose une suspension immédiate de fonctions, un blâme du ministre de la Défense, un renvoi devant un conseil d’enquête en vue d’éventuelles sanctions statutaires. Vlan !!!
Quant à mon patron colbacké devenu co-colbackeur, Boyé le dit coupable d’avoir laissé la situation se dégrader (de l’été 1982 à mai 1983 !) : une négligence grave en raison de ses conséquences. Il fait aussi référence à son rôle équivoque dans l’affaire ainsi qu’à ses négligences découvertes, en relation avec elle… Déjà suspendu, il propose sa mutation d’office rapide, après sanction disciplinaire.
Quant au traumatisé à vie, mon pauvre camarade major Windels, Boyé note qu’il a été écrasé par votre personnalité et n’a pas eu le courage de s’opposer à votre décision. Soulignant son attitude de repentir, ajoutée à la pression considérable exercée sur lui, il propose à son encontre blâme, suspension et mutation.
Enfin, en ce qui concerne vos OPJ (Mathy, Simonnet, Dufréchioux et Kiss), notant qu’ils ont été conduits à obéir à des consignes de mensonges par crainte devant Verleene et lui, il ne suggère qu’une sanction de 30 jours d’arrêts et leur mutation hors Cour d’appel de Paris.
2 / De son côté, le colonel Devemy, notre « sous-offivore », règle le sort des Parisiens. Avec une certaine modération en ce qui les concerne. Puisque seul Windels est muté. Oh, pas bien loin : au fort de Charenton où il reçoit aussitôt charge de former un peloton d’élèves gardes-républicains. Mission dont il s’acquittera à la plus grande satisfaction de sa nouvelle chaîne de commandement compatissante parce que parfaitement informée, et de sa valeur foncière, et du calvaire que vous lui aviez fait subir. Plus tard, retraité, ce camarade estimé travaillera au profit d’un tribunal à de sérieuses missions relevant du social. Aujourd’hui, cherchant encore l’oubli, peintre de talent internationallement reconnu, il exprime une nouvelle facette de ses valeurs. Que dans sa ville sous-préfecture, il trouve enfin l’oubli du cauchemar que vous lui avez fait vivre durant des années (j’emprunte cette formule au général Boyé, lui-même) !
En ce qui nous concerne, nous, les Vincennois, Devemy et la Direction n’y vont pas par quatre chemins : mon suspendu de patron, sanctionné pour sa falsification de procédure et le reste est affecté loin de Vincennes, au comptage des clous de nos godasses. Lemonnier, le blâmé, est muté d’office en lointaine banlieue parisienne… Martinet est puni, et muté également… leur supérieur direct (l’adjudant Mouillard) est muté hors corps. Quant à Lachaud, nos coupeurs de têtes n’ont qu’à accepter sa démission spontanée de l’Arme plutôt que d’accepter sa mutation.
« Et vous, Durand, vous avez giclé , vous aussi ! », m’assènerez-vous (à l’appui d’une claque dans la gueule ?) en réponse à mon message jeté à la mer. Oui, avec un coup de pied aux fesses, même. En un poste administratif, un placard, collant parfaitement à mes formation et passion (!), celui d’adjoint logistique au Centre d’Information Routière de Rosny/Bois. Avec l’étiquette de ripou en chef collée au dos. Avec le devoir de colporter mon vécu afin de la décoller, ce dont je ne me suis pas privé. Ceci au grand dam de mon tout premier chef de service ne voyant dans ma démarche qu’un dénigrement englobant tous les officiers de son genre, donc de sa caste. A croire que ses excellents successeurs et mes deux chefs de corps successifs n’eurent pas cette idée, puisqu’ils me confièrent la mission annexe d’instruire les candidats OPJ et majors. S’ils m’avaient cru réellement ripou, auraient-ils été d’une part aussi compatissants à mon égard qu’ils l’ont été ; d’autre part auraient-ils pris le risque insensé de me voir corrompre des candidats à un concours ?
Allez, deux mots sur la manière dont Devemy a obtenu ma peau de retors impertinent. Le 12 juin, il me re-convoque. En tremblant, j’obtempère. Là, il me reçoit mieux que la fois précédente, ce que je lui fais d’ailleurs remarquer en le remerciant. Sa réponse : « Oui, mais aujourd’hui, j’ai des informations que je n’avais pas l’autre jour » (le 8, vous aviez mis genoux à terre… et mon majorivore n’était pas fier d’avoir dû rendre compte que vous l’aviez berné…).
Pressé, c’est sur un coin de bureau qu’il me fait émarger sa proposition de mutation hors corps me concernant. Sa rapide lecture me révèle une horreur de plus. En la page et demie de son texte, il a osé écrire que j’avais de mauvaises fréquentations, que j’empêchais la BR locale de faire son travail et que j’avais fait signer un procès-verbal en blanc. Je proteste : « Non, je n’ai pas empêché la BR de travailler honnêtement, bien au contraire. D’ailleurs mon officier passait plus de temps en ses bureaux que dans le sien. Non, je n’ai pas de mauvaises fréquentations : vous avez enquêté sur mes relations « aux noms pareils ! » et savez tout de mes rapports avec elles. Quant au PV signé en blanc, je m’insurge. Cette banale affaire a été menée à son terme comme il se devait, et vous le savez. »
C’en est trop ! Devemy redevient devemynosaurus face à ma récrimination. Excédé, il me dit : « Estimez-vous heureux. Car je pourrais vous punir pour cette signature de PV signé en blanc… et d’ailleurs l’adjudant-chef Desbois qui l’ a rédigé aussi. » N’ayant désespérément trouvé aucun motif pour me punir, il conclut son texte par cette phrase : «Pour la sanction éventuelle du major Durand, j’attends les conclusions de l’enquête du parquet de Créteil. »
Oust, impertinent majoribus horribilis, alea jacta est ! Merci, Devemy ! Merci à vous, Beau-la-pression-considérable ! Peut-être à jamais ! Ou alors en enfer, là où nous nous côtoierons peut-être…
(Chronique 17/47 parue)
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