Chronique 40/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIREN° 40

       

                                                                                                     Le Monde (17/2/05)                                              Le Monde (22/2/05)

En fin de procès, le nombre des insuffisamment initiés lors de son ouverture me semble avoir fait une chute spectaculaire. Chute basée sur votre comportement d’une agressivité sans nom. Ponctuée par votre outrage adressé au tribunal (je vous emmerde ! etc.) et votre expulsion manu-militari que je n’hésite pas à citer de manière redondante. Que de huées, avez-vous subi durant ces épisodes mémorisés ! J’ai même vu des écoutés (du monde des avocats et des médias qui savent si bien soulever un tollé de protestations dès que l’un d’eux est mis en difficulté) marquer leur indignation en appui des indignés.

Permettez-moi aussi d’émettre ces miennes appréciations que je n’oblige personne à partager :

>Parmi les assistants au spectacle restés passifs au moment du bouquet final du feu d’artifice, je situe les inconditionnellement vôtres, ceux qui ne pardonneront jamais aux membres de la cellule d’avoir servi un président de gauche, en l’occurrence Mitterrand. Qu’ils restent donc encore aujourd’hui avec leur haine puisqu’ils n’osent pas même s’interroger sur ce qu’il en aurait été au profit d’un PR de droite ! De leur bord, je suppose,

>Plus redondant que moi, contraint de l’être en écho à vos propres redondances, je n’en connais qu’un : Vous ! A force de ressasser pro domo la version du coup tordu de Vincennes, je me demande même si vous avez conscience de mentir. Ou si vous ne seriez pas finalement convaincu de dire la vérité vraie. Un « freudien » expert ou un psy-je-ne-sais-quoi m’éclairerait peut-être sur le cheminement de certains esprits en mal de reconnaissance,

>Sans contestation possible, lors du procès vous visez plusieurs objectifs :

1) – Convaincre public et magistrats que les pourtant rares écoutes incidentes vous ayant concerné – de même que celles de Mohammed Boujadi, votre alias – ont nui à vos possibilités de défense lors du jugement de l’affaire de subornation de témoins (1991/1992) – 2) – Vous ouvrir ainsi la voie débouchant sur une annulation de la décision judiciaire rendue, puis réintégration dans la Gendarmerie avec effets rétroactifs – 3) – Obtenir des dommages et intérêts substantiels – 4) – Recouvrer votre honneur jeté aux orties 5) – Charger et ridiculiser au maximum les membres de la cellule, pas tellement pour le fait qu’ils ont porté atteinte à l’intimité de journalistes, avocats… (ce qui à vos yeux est sans doute loin d’être très très choquant : vous en avez vu et fait d’autres, non ?), mais dans une pure démarche prédatrice.

Allez, j’avance :

La sélectivité de votre mémoire a-t-elle effacé le nom et les fonctions des 11 prévenus renvoyés devant la 16ème chambre du tribunal correctionnel pour atteinte à la vie privée ? Je vous les rappelle ici, au cas où :

Christian Prouteau – Marie-Pierre Sajous (secrétaire) – Jean-Louis Esquivié – Pierre-Yves Gilleron – Jean Orluc – Dominique Mangin – Michel Tissier (tous de la cellule élyséenne),

Pierre-Eugène Charroy (haut gradé de l’Armée, responsable du Groupement Interministériel de Contrôle des interceptions, en poste aux Invalides),

Gilles Ménage (élyséen), Michel Delebarre et Louis Schweitzer (matignonnais).

Et bien sûr le 12ème prévenu, Paul Barril (plaignant et partie civile, renvoyé non pas pour atteinte à la vie privée, mais pour recel de documents classés secret-défense… les fameuses disquettes distribuées à Libé et au juge Valat).

Je ne vais pas rappeler non plus, le nom de la kyrielle de plaignants. Ni celui de la trentaine d’avocats des parties, dont ceux de la défense, les Mozart et les Wagner du barreau parisien : Maisonneuve, Metzner, Szpiner, Vincensini, Vergès… Ni celui des témoins cités (dont Mauroy, Fabius, Quilès, Joxe…). Ni tenter de chiffrer le nombre des curieux entassés dans la salle dite « des criées » et qui , anglicisme rétroactif aidant, aurait dû se nommer salle « eagle four ». Ni même dire, ne serait-ce qu’approximativement, ce qu’ont coûté aux contribuables les procès successifs ayant pour eu base l’énormissime bavure procédurale de Vincennes (entre deux cents et trois cents millions d’euros – de quoi payer plus de 40 magistrats, ai-je lu quelque part). Aux goussets, contribuables !

Quelles sont les responsabilités de chacun des prévenus (condamnables le cas échéant) ? Quelles sont celles de leurs mentors élyséens comme matignonnais ou en charge de ministères ? Non punissables, eux, en raison du fait qu’ils n’ont pas été mis en examen par le juge Valat comme les autres. Ne serait-ce pas là une « omisson » voulue, un nouveau déni de Justice ? Les prévenus sont-ils à considérer comme coupables, une sorte d’exutoire, ou bien seulement lampistes zélés ? Immenses questions et réponses attendues des débats afin que la 16ème chambre correctionnelle présidée par Jean-Claude Kross s’acquitte de sa mission : statuer sur la base de miettes résultant de carences inadmissibles à trop de niveaux décisionnels.

Ah ces débats ! Jamais de ma vie, faite de fréquentations occasionnelles des prétoires depuis 1957, je n’en avais vu et entendu d’aussi violents. Cela malgré l’assurance, la verve parfois non dénuée d’humour, la poigne d’un vénérable président ne refusant jamais de donner la parole aux parties civiles demandeuses. Quant à la mission de l’accusateur public « officiel », l’avocat général Cordier, elle s’est trouvée quasi mâchée par des éclats souvent intempestifs émanant d’émules de Fouquier-Tainville quasi impossible à modérer dans le ton et le contenu…

Beau, vous savez comme moi qu’en matière pénale, si la plume est serve, la parole est libre. L’immunité qui résulte de cette normale disposition visant à garantir les droits de la défense et la liberté de discussion des parties autorise-t-elle les excès pour autant ?

A croire que oui, car toute dignité bue, émanant à la fois de plaignants et de leurs défenseurs, c’est une agression continue qui s’abat sur les ex-membres de la cellule. Presque façon stand forain avec lancer de boules sur des marionnettes à basculer ! Ou lynchage oral porté au zénith ! Perfides insinuations, règlement de comptes, mensonges, invectives, injures, grossièretés, menaces de mort, voies de fait provocatrices à ripostes et donc à pugilats en réponse ! (Prouteau accusé de confondre une machine à laver avec une machine à écrire…). Quasi-nécrophilie de feu le président Mitterrand !

Affligeant spectacle que celui-là ! Honte à tous ceux qui l’on donné en pâture aux spectateurs dont j’étais aussi souvent que possible ! Rien à voir avec le langage de nos parlementaires qui, même furibards lors de houleux débats télévisés, ont un minimum de dignité pour sinon le châtier, du moins le rendre semi-acceptable (sauf pour nos gamins auxquels on tente d’inculquer un minimum de correction dans leur attitude !).

Etait-il donc impossible de débattre sereinement afin que le tribunal accomplisse sa mission plutôt que de consacrer trop temps à la police des audiences ? A savoir, obtenir réponses à ces questions : qui a ordonné que la ligne de tel et tel plaignant soit branchée, quand, pourquoi, qui a transcrit les écoutes, qui a été écouté en incidence, qui a contrôlé la procédure existant à l’époque, y a-t-il eu préjudice réel pour tel et tel écoutés, notamment par pression exercée sur eux… ? Non : pas de sérénité possible !

Beau, ici je ne veux pas vous rappeler le détail de ce procès-spectacle puisque vous en avez été l’un des acteurs de tout premier plan. Néanmoins, souffrez que j’en dise tout de même quelques mots encore. Plus loin, j’en viendrai à la manière, et la vitesse digne d’un Usain Bolt aux JO avec laquelle vous tenterez de recouvrer votre honneur d’officier prétendument innocent et martyrisé.

Une petite remarque d’ordre général, si vous me le permettez : Il est avéré que Mitterrand a été le principal donneur d’ordres des écoutes administratives en cause. Il n’a pas été le premier à y avoir eu recours, c’est tout aussi patent, mais a-t-il été le dernier ? Non pas : on a vu le cas Balladur/Schuller-Maréchal en 1996. Et si l’on en juge par un article du Monde paru en 2005 dont je cite cet extrait : « … en 1986, Mitterrand avait obtenu de son premier ministre Chirac que la présidence soit destinataire de toutes les écoutes administratives. Ce système perdure, ces écoutes arrivent toujours à l’Elysée… », elles doivent être pérennes.

Oh ! Que Mitterrand a donc manqué à ce procès digne du scandale des micros de Nixon en 1974 avec le Watergate ! Tout comme ont manqué son premier ministre de la Défense, feu Hernu, et l’unique habilité à la transcription des écoutes aux Invalides, feu le capitaine Guézou ! Par parenthèse, transcriptions opérées intégralement, à main levée (essayez donc d’écouter une conversation enregistrée au magnétophone et de n’en noter simultanément que les éléments à retenir, et vous verrez que c’est pratiquement irréalisable). Hélas, à défaut de directives données au secrétariat de la cellule en charge de retranscrire le fruit des écoutes, aucun tri n’a été opéré entre les données pouvant toucher au terrorisme ou la protection du clan Mitterrand… et le blablabla des écoutés en incidence.

Quel intérêt aurait pu avoir la cellule pour une Marthe Mercadier parlant peut-être d’une pièce de théâtre à une cible branchée… d’un Roger Hanin pouvant parler d’une interview à une autre cible… d’une Carole Bouquet parlant peut-être d’Enfance et Partage… ou des couches-culottes de son fiston… de l’épouse Fabius papotant avec le Monde ? Dites-le moi.

Ceci dit, voyons la suite. D’abord – à tout seigneur tout honneur ! – le cas des premiers ex-Premiers ministres cités comme témoins à la barre :

(Chronique 41/47 à paraître dans qq. jours sauf « tuile » sur ma joue)