Chronique 06/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N°6

 

Le Matin de Paris (11/6/1983)

Avant de revenir une énième fois sur les détails de la perquisition elle-même, je m’attarde un instant sur ce fait. Peu de temps après le « dépôt » de Reid à la caserne, vous donnez l’ordre de l’auditionner à l’adjudant-chef Krékounian ; cela dès son arrivée de Paris. Krékou est un homme d’expérience, le pilier de la SR depuis de longues années, l’homme de confiance du colonel Delestrade, homme d’entregent qui la drive avec succès, dans les règles de l’art.

Pratiquant sa méthode habituelle de fin limier, Krékou met sa « cliente » à l’aise, lui parle comme à un être humain, sans arrogance, sans la tutoyer, sans la contrarier, la traiter de terroriste. Il commence à enregistrer le début d’une confession prometteuse, se réservant le devoir de l’interpeller ultérieurement sur la base d’inexactitudes pouvant ressortir des propos emmagasinés.

Vers les 21 ou 22 heures, je vois Krékou sortir furibard du bureau où vous vous trouvez également depuis quelques minutes. Et je l’entends dire à haute voix à votre intention : « Si on est appelé à travailler ensemble, ça ne va pas durer longtemps comme ça ! » Plus tard, il me donnera ainsi la raison de sa rogne : « Tout allait bien entre l’Irlandaise et moi jusqu’à ce que Beau intervienne. Il a tout cassé en lui annonçant brutalement qu’elle ne reverrait jamais son gosse car la prison l’attendait pour des années. A partir de cet instant, Reid est devenue muette comme une carpe : je n’ai plus rien tiré d’elle. »

Parlons maintenant du major Windels. Bien après l’arrestation de Mary Reid (peut-être entre 21 et 22 heures), il fait son apparition dans notre bureau. Il est en tenue réglementaire, sac de correspondance à la main, etc. Il claque des talons et vous salue la main au képi. Nous la lui serrons tous deux. Aussitôt, vous lui donnez l’ordre d’établir le procès-verbal de perquisition à son nom et le conduisez dans notre salle d’études où se trouve le fatras saisi, apporté là par votre groupe d’OPJ. Péniblement, il se met à la tâche… pour ne la terminer que le lendemain après-midi. Obligé qu’il se trouve de demander aux opérationnels qui a trouvé quoi, quand, comment, où, en présence de qui, etc.

Contrairement à la pratique habituelle, Windels ne fait pas figurer en tête de son PV que son seul nom. Il ajoute celui des chefs Mathy, Simonnet, Dufrechou plus Kiss, de Paris. Ainsi que ceux de Lemonnier et Caudan, de Vincennes. Cela à mon insu et vraisemblablement à celui de ces deux éléments d’appoint à la SR, requis et commandés par vous. C’est Plunkett, dit découvert à son domicile, qui est nommé comme témoin. Au PV, l’opération est dite débutée à 18h30, terminée à 20h30.

J’ai mille raison de vous interpeller sur ces détails capitaux, tellement révélateurs, monsieur Beau :

Vous avez dit et écrit que Windels était arrivé à Vincennes en début d’après-midi. C’est faux ! : nous l’aurions obligatoirement vu dans mon bureau lors du briefing de Barril et par la suite. S’il avait participé à la perquisition, il ne se serait pas présenté à nous de la façon décrite (salut, serrement de mains). Et il n’aurait fait figurer que son nom au PV dressé.

Dans votre livre de 1989, vous appuyez lourdement sur sa présence chez les Irlandais dès le début de la perquisition. Sans honte, vous osez dire que vous le croyiez expérimenté et donc capable d’acter correctement ladite pièce !!! Comme vous dites aussi – et le répéterez plus tard à propos de l’affaire des écoutes élyséennes – qu’un subordonné n’a pas à obéir à un acte manifestement illégal. Pauvres sous-officiers ! Que serait-il advenu d’eux s’ils avaient osé refuser d’exécuter vos ordres, ces 28 et 29 août 1982… pour commencer ?

Première remarque : pourquoi avoir obéi vous-même au prétendu ordre de Mitterrand-Prouteau au jour de la perquisition (tu couvres Paul en procédure – c’est l’Elysée qui pilote) ? Si tel avait été le cas, vous auriez dû vous conduire en « baïonnette intelligente », non ? Je vous rappellerai plus loin un autre cas lié à votre soumission face à d’autres prétendus ordres illégaux.

Seconde remarque de taille : elle se rapporte aux aveux écrits que vous avez passés devant notre général, inspecteur général Boyé, le 9 juin 1983 à 10h30 (aveux d’absence de témoin à la perquisition). Je vous cite :

« … Tout est si flou maintenant que je ne sais même plus si le major Windels était avec nous durant la phase active, mais c’est bien moi qui lui avais confié la mission de rédiger le procès-verbal de perquisition. Il est en tête de ce PV, car en tout état de cause, il était le plus gradé des OPJ habilités… »

Coup de projecteur sur votre trou de mémoire de ce 9 juin : Windels a avoué l’absence de témoin au général, le 8 juin vers midi. Vous le voyez à ce moment, effondré, « la mine d’un chien battu » au bureau de Boyé… qui ne lui a pas posé pas la question de savoir s’il était lui-même présent sur les lieux tant la chose est inimaginable dans l’esprit de cet éminent inspecteur général.

Jusqu’au lendemain, n’ayant eu aucun contact avec lui, vous pensez qu’il a non seulement avoué l’absence de témoin, mais aussi la Sienne, parbleu ! Ayant cogité longuement et nuitamment sur le sujet, il est impensable que vous ne vous ne vous soyez plus souvenu « s’il était avec nous durant la phase active » Elémentaire, mon cher Watson !

« Top là, ripou ! », me rétorqueriez-vous si vous étiez face à moi. Et d’ajouter : « Pourquoi donc Windels a-t-il toujours soutenu qu’il avait assisté à la perquisition ? » Patience, je vous livrerai la réponse… Revoyons dès maintenant votre compte rendu dressé entre le 25 mai et le 1er juin 1983 à la hiérarchie, au général Boyé, à Prouteau, à Barril, etc.

Et dites-moi trois choses à son propos : 1) Pourquoi, dans vos écrits, ne livrez-vous pas ce texte produit sur votre honneur !? 2) Selon vous, qui a bien pu vous « trahir » pour qu’entre autres périodiques, Paris-Match le publie (partiellement en fac-similé) le 24 avril 1984 ? 3) Me tiendrez-vous rigueur du fait qu’ici j’en rappelle la teneur « savoureuse », la manière si « élégante » employée à dessein : l’espoir insensé d’échapper à votre reddition, parce que contraint et forcé ?

(Chronique 07/47 parue)