Chronique 28/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE

 

Libération (27/6/91)

Le Figaro (28/6/91)

Des réquisitions à base de sursis 

Le Parisien (26/6/91)

 

« L’encre de la machine à écrire du juge Verleene est à peine sèche que le soir-même, par l’intermédiaire d’un journaliste particulièrement efficace, j’en ai déjà une première copie… »

(extraits de vos livres de 1989 et 2008)

Un autre bruit de coulisse susceptible d’alléger les effets de votre mortification ? Décidément, je ne résiste pas au plaisir de vous faire plaisir… Ce bruit concerne votre cible première, Colback. Alors qu’à plusieurs, nous bavardons dans la salle des pas perdus, j’entends le général qui fut notre commandant régional dire ceci en parlant de lui : «… Celui-là, je l’avais reçu peu après son arrivée de Picardie à Vincennes (…). Je n’avais aucune confiance en lui. » D’où ma réplique : « Ah, mon général ! Que n’ai-je osé vous approcher, moi qui l’ai subi durant 3 ans ? Je vous aurais utilement éclairé. » Sur ce, l’étoilé a immédiatement bifurqué vers un tout autre sujet…

Le 26 juin 1983, les débats vont s’achever sans que la lumière n’ait été faite sur l’essentiel : la fameuse perquisition. Et par un incident : le témoignage (?) d’un Jégat qui au paroxysme de la colère avait vilipendé la Justice, déchiré sa carte d’identité de Français (il est alors devenu binational : Franco-Israélien) et quitté la salle dès l’appel des témoins.

Barril, lui, arrivé du Qatar via la Suisse, est tout de même entendu sur son apport supposé d’armes chez Plunkett. Il conteste farouchement ce fait et défie le tribunal de l’étayer. Avec insistance, il met catégoriquement Prouteau hors de cause dans l’affaire de Vincennes. Et il précise qu’en tant que patron de fait du GIGN, le déclenchement de son opération s’est opéré après le feu vert obtenu de Hernu, ceci dès son information reçue de l’imminence d’un nouvel attentat… « A condition qu’il n’y ait pas de bavure, pas un coup de revolver ! », aurait ordonné le ministre.

Quant à la procédure écrite : « Voir les gendarmes départementaux », dit encore Barril. Pour le reste, il ajoute : « Sachez qu’à l’époque je n’avais de comptes à rendre qu’à ma hiérarchie et au ministre Hernu. »

Non « descendu en flèche » comme vous l’aviez pourtant claironné, le capitaine aux mille exploits !

Qui commandait le GIGN ? Qui a donné des ordres à qui ? Lesquels ? Quand ? Comment ? Au tribunal de se forger une conviction sur une base de témoignages contradictoires et imprécis : du sable aussi mouvant que celui de Tombelaine près du mont Saint-Michel !

Un mot sur le réquisitoire de l’avocat général Domingo ? Vous souvenez-vous de ce qu’il a dit concernant votre personnalité ? A propos de votre moralité, il a exprimé son doute ainsi : « Faut-il croire le témoignage du major Durand ou celui du général (ex commandant régional) ? Personnellement, j’aurais tendance à croire ce dernier.» (un ami de longue date de votre père, soit dit en passant). 15 mois d’emprisonnement avec sursis sont requis à votre encontre et 6 mois de la même peine visant votre victime, le pauvre major Windels.

Et pour conclure, non convaincu de la culpabilité de Prouteau, Domingo s’en remet pour appéciation à la SAGACITé du tribunal! Oh ! Pourquoi donc ce diable d’Elyséen avait-il rejeté mon offre d’aide à l’étayement de sa défense ? A coup sûr, c’est sa relaxe que l’avocat général aurait requise. Dans une telle hypothèse, l’affaire des écoutes de l’Elysée ne serait vraisemblablement jamais née !

Une petite analyse des données en possession de Lacamarats pour forger son opinion autrement qu’en se basant sur la légende bâtie et le galimatias « embrouillaminiesque » des débats ? Allez, je résume :

Il est avéré :

> qu’en septembre-octobre 1982, Beau, vous avez suborné Windels, Mathy, Simonnet , Dufréchoux et Kiss, puis Lemonnier,

> qu’à la même période, sous votre pression considérable maintenue, Windels a suborné le même Lemonnier et Caudan.

Déduction logique : il est à exclure que Prouteau ait pu vous suborner, notamment par fourniture de moyens, ce dont vous l’accusez. Il ignore tout de votre magouille vincennoise puisque vous trompetez haut et clair, et lui jurez qu’elle est inexistante.

Il est tout aussi avéré :

> qu’en mai-juin 1983 vous avez renouvelé cette subornation de Windels, Mathy, Simonnet et Kiss,

> qu’à aucun moment, tant à Vincennes qu’ultérieurement, vous n’avez été placé sous les ordres d’un Prouteau qui vous aurait prétendument convoqué à l’Elysée, lieu où vous alliez à votre convenance,

> que durant un mois, face à nos dénonciations de Vincennois, vous cherchiez obstinément à échapper au déshonneur consécutif à vos aveux exirpés de l’illégalité procédurale, voire à des poursuites pour le crime de faux en écritures,

> que vous n’aviez aucunement besoin de Prouteau pour vous procurer copie des auditions enregistrées au cabinet-passoire Verleene (encre à peine sèche, selon vos propres écrits, je le répète),

> que si tel avait été le cas, étant alors toujours dans l’ignorance affirmée par vous, haut, fort et par écrit de la magouille, Prouteau ne saurait être condamné pour fait de complicité de subornation car manque un des éléments constitutifs de l’infraction, à savoir le moral : son intention coupable.

Au vu de ces données, ai-je bien retenu ce qui m’avait été enseigné en droit pénal spécial vers 1960 ? Si ce droit a changé, si mon analyse est fausse, faites-le moi donc savoir, je vous en saurai gré, « commandant Beau-la-pression-considérable ». Je repasserai mon examen OPJ. Peut-être sur le même banc que vous, car vous n’y avez jamais été soumis. Le seul grade d’officier confère en effet ipso facto cette qualité. En haut lieu, peut-être croit-on à la science infuse. Et que l’épaulette suffit à faire la valeur et le savoir de l’être qui la porte. Cet aparté me rappelle que fut une époque où des adjudants et adjudants-chefs venant d’échouer au concours des majors se trouvaient quasi aussitôt nommés lieutenants… Bof !

Dans l’attente du jugement de Lacamarats prévu pour le 24 septembre 1991, vous ne savez pas ce que m’a écrit le général inspecteur Boyé lors de nos échanges épistolaires ? Ceci qui en dit long sur ses convictions, ses espoirs de vous voir, seul des trois prévenus à être condamné dans l’affaire traitée : « … Il ne reste plus au commandant Prouteau et au major Windels qu’à oublier ce cauchemar qu’ils ont vécu depuis tant d’années. »

Que dit la presse en l’attente du délibéré ? Le Journal du dimanche titre Supergendarmes : un procès de dupes ! ; Libération : Irlandais de Vincennes : des miettes pour la Justice ! ; Le Figaro : Gendarmes de l’Elysée : la Justice immobile ! ; Le Parisien : Des réquisitions à base de sursis !... Si certains de vos correspondants des médias – les bernés comme peut-être quelques avisés – avaient été à la place du tribunal, peut-être vous auraient-ils blanchi, ce 26 juin. Et Prouteau en aurait « pris un max ! » Encore qu’ici et là, certains chroniqueurs judiciaires posent des questions… ne les posent qu’à eux-mêmes, d’ailleurs.

Lorsque, le 24 septembre 1991 tombe le jugement de la 17ème chambre correctionnelle, plutôt que de geindre sur le sort qui vous est réservé, vous vous gaussez à gorge déployée de celui – inattendu après le réquisitoire de Domingo – infligé à votre frère d’arme, Prouteau (15 mois de prison avec sursis – non amnistiable). Que voilà donc un nouveau spectacle inoubliable, l’expression d’une belle solidarité entre officiers supérieurs ! Que vous a-t-il donc fait, cet Elyséen pour que vous le poursuiviez d’une telle haine ? Un rien. Si ce n’est vous avoir rejeté après que vous l’eussiez trompé, berné, trahi, couvert de honte, lui, les siens, la Gendarmerie tout entière, l’Etat…

Une pensée, un mot de vous exprimant de la compassion à l’égard de mon homologue Windels, écopant de 4 mois amnistiables, victime de votre pression considérable (je ne le répéterai jamais trop) ? Nul ne la devine ni ne l’entendra s’exprimer, une telle pensée. En tout cas pas moi qui suis vos ricanements en direct puis par médias de tout poil interposés.

Au lendemain de ce jugement énoncé par Lacamarats, laissant Prouteau anéanti et le pauvre major très amer, la presse révèle qu’il en est interjeté appel – à l’exception précisément de Windels tant ses honoraires d’avocat ont déjà par trop pesé sur ses économies de récent retraité.

Rectifiez donc mes propos, si vous les jugez inexacts ou mensongers !

(chronique 29/47 à paraître sous peu)