Chronique 24/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 24

Le ministre CHALANDON :     « PAS DE DESACCORD AVEC LE GOUVERNEMENT »

IRLANDAIS :            LE BOULET TRAÎNé PAR MITTERRAND

Le Quotidien de Paris (30/11/87)

Le garde des Sceaux, Chalandon, est client de la joaillerie Pierre et Jacques Chaumet tenant commerce place Vendôme, à deux pas de son ministère. Or, au cours de l’été 1987, les médias révèlent l’inattendue incarcération de ces deux frères pour faits de banqueroute, escroquerie, abus de confiance, exercice illégal de la profession de banquiers, etc. Faillite avec passif d’1,4 milliard de francs après une catastrophique chute des cours du diamant, est-il anoncé ! Vive déception chez leurs clients auxquels avaient été promis de somptueux intérêts sur investissements !

 Parmi eux, une princesse (Minnie de Beauvau-Craon). Et Chalandon qui possédait à la joaillerie un compte courant de 6 millions rémunéré par le bénéfice que les Chaumet tiraient de leurs activités bancaires hors la loi !

Scandales largement révélés à la trompette de Jéricho médiatique. Amplifiés, avec comme toujours déformations et sous-entendus suggestifs assassins. Situation délicate, s’il en est, pour un garde des Sceaux ! En juillet, la gauche se gargarise tellement de ce pavé lancé dans la mare de l’adversaire, que celui-ci se fait un devoir de riposter en cette période pré-électorale présidentielle fixée à mai 1988.

Le 2 août 1987, interviewé à la télé par Anne Sinclair, le Premier ministre, Chirac, s’entend poser la question de savoir s’il trouve normal que son garde des Sceaux soit impliqué dans un scandale financier. En réplique, il esquive la question et en pose aussitôt une autre : « Plutôt que de parler de l’affaire Chaumet, pourquoi ne parlerions-nous pas de l’affaire Prouteau ? »

Deux jours plus tard, sur sa demande Chalandon est reçu par Mitterrand. Avec un marché en main à peine voilé : Si vous laissez tomber l’affaire Chaumet, on arrête avec vos Irlandais… Réponse du président : « Monsieur le ministre, Prouteau est mis en cause par un inculpé auquel il a peut-être donné de mauvais conseils. Que la Justice fasse donc son travail comme tel est son devoir ! » Et vlan ! Tentative de troc payée d’une belle beigne !

Sachant que les paroles s’envolent, Mitterrand adresse aussitôt une lettre au garde, lui rappelant sa demande d’audience, son objet et sa conclusion. J’ai ouï dire qu’une copie de cette correspondance se trouverait encore dans quelque poche… Peut-être dans celle de Prouteau mis à l’index. En tout cas, si elle avait été exhibée dès sa rédaction, c’eut été nettement profitable à la mitterrandie, non ?

En est-ce terminé avec cette évocation de l’impensable mais bien réel marchandage proposé par la droite à un président de la République de gauche ? Pas tout à fait.

En effet, à la mi-septembre 1987, vous et vos compagnons de combat rameutés, vous remettez votre ouvrage sur le métier du harcèlement. Vous étoffez même la meute hurlante par voie de racolage. Vous parlez notamment au Parisien, au Quotidien de Paris, etc. En avant dans leurs colonnes pour la suite de l’intox abracadabrantesque !

Le 14 du mois, J.-F. Moruzzi, du Quotidien, titre Irlandais de Vincennes : Le boulet traîné par Mitterrand et rapporte ainsi l’interview récente de Pierre Mauroy, ex- Premier ministre :

« Le parquet estime nécessaire l’inculpation de Prouteau… Les socialistes voient dans ses conclusions l’amorce d’une manœuvre électoraliste contre l’Elysée… L’exécution du plan que Chirac avait eu le culot d’annoncer sur RMC le 2 août dernier commence… On attend la suite. La Justice fait son métier. Qu’elle le fasse ! »

Une nouvelle question, big chief : Mitterrand d’abord, Mauroy ensuite, tentent-ils, oui ou non, d’étouffer l’Affaire vincennoise comme cela a été diffusé à profusion ?

Moruzzi cite aussi vos propos : « Je me trouve sur le banc de l’infamie alors que je n’ai rien fait (pardon ???), je ne peux l’accepter… J’ai fait effectuer une enquête par des amis de services étrangers qui pouvaient avoir accès aux fichiers (???). C’est comme ça qu’en février (???), j’ai appris avec stupeur (???) que c’était bien Barril qui avait déposé les armes dans l’appartement… Il n’y a pas de quoi pavoiser en apprenant que la Justice s’apprêterait enfin au bout de quatre ans à faire son devoir… »

L’article du Quotidien fait, lui, référence à une prestation télévisée de notre Albain au cours de laquelle il dit qu’il n’y a aucun désaccord entre l’Elysée et le gouvernement (!) Je le cite : « … C’est pourquoi j’ai demandé au parquet général de prendre ses réquisitions en ce sens (inculpation Prouteau). C’est une affaire en cours d’instruction dans laquelle des hommes sont inculpés… Ces hommes mettent en cause le témoignage de Prouteau. Si le dossier reste bloqué, ces hommes resteront inculpés (vous, Beau et le pauvre Windels). »

En fin de première décade d’octobre 1987, la presse écrite annonce votre accession au grade de lieutenant-colonel. Bien évidemment, pour le profane cela ne peut apparaître que comme la démonstration de votre valeur, de votre innocence récompensée par la hiérarchie et le signataire du décret de nomination,  parbleu ! Alors qu’en réalité ce changement de galons résulte de l’application des statuts voulant que tout commandant « oublié » accède automatiquement à ce grade-là au jour de six années d’ancienneté. Un privilège d’automatisme seulement réservé à cette « élite » galonnée.

Oh ! A peine vos nouveaux galons sont-ils cousus que vous formulez une demande de mise à la retraite. Permettez-moi d’en supputer la raison principale : vous savez qu’à la tête de la DPSD où vous servez, va être affecté un nouveau patron. En l’occurrence celui à qui vous devez reconnaissance pour vous avoir éreinté dans vos notes finales : le devenu général, Devemy, en provenance des  F. F. A.  Moi-même, j’aurais pris mes jambes à mon cou face au danger potentiel de telles retrouvailles. Allez, pour une fois j’ose tenter de vous faire sourire par cette évocation :

Peu d’années après cela, le Monde nous apprendra que le ministre de la Défense, Chevènement, a urgemment relevé de ses fonctions cet étoilé pour le remplacer par un autre, brillant, tiré de sa paisible retraite. Qui donc avait bien pu fournir cette info jugée digne de paraître dans Le Monde ? Vous devez bien le savoir. En tout cas, placardisé à la direction, il n’y fera pas de vieux os. Casquette, rangers et… pêche à la ligne dans l’Eure, vite fait, notre « subordonnéïvore » !

Digression, digressions. Il me faut en finir avec elles. Et revenir au plaisir d’évoquer des héros légendaires. Non pas de Gaulle ou Jean Moulin, mais Jégat…   Justement, à son propos je vais vous rappeler quelques faits qui seront exploités comme à l’accoutumée :

Environ un mois avant la comparution de ce Che devant Verleene, en possession des procès-verbaux enregistrés à la DST, le procureur avait ordonné à l’un de ses substituts d’aller au greffe du tribunal afin de vérifier quelles armes avaient été saisies chez les Irlandais. S’agissait-il de celles décrites par Jégat à la DST ? C’était la curiosité, l’incrédulité ; ce sera le doute,  la déconvenue, l’horreur peut-être. A ne surtout pas ébruiter, selon l’ordre du procureur en personne !

(chronique 25/47  parue le 20 août 2010)