Chronique 23/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 23 

Le Parisien (21/5/87)

                      Le Journal du dimanche  (25/5/87)                     

Bac plus sept contre bac moins cinq, dis-je. Qui de nous deux peut l’emporter sur l’autre ? A priori pas moi au seul vocable enseigné en primaire. De même que la morale y était l’objet d’une leçon quotidienne. Tout comme les valeurs fondamentales devant habiter tout être humain. Sans aucun doute nous navons pas usé nos fonds de culottes sur les mêmes bancs.

A vous le savoir et la rhétorique. A moi le seul bon sens reconnu aux paysans, acquis de 12 à 21 ans sur le tas, y gagnant mon pain quotidien.

2/ Cette deuxième remarque promise est la suivante : Devant la presse réunie, vous reconnaissez qu’à Vincennes vous aviez agi sans qu’aucun ordre ne vous soit donné. Cet aveu échappé de votre bouche est en totale opposition avec vos affirmations largement claironnées précédemment. A savoir qu’aveuglément vous aviez obéi à Prouteau, le relais de Mitterrand : « Tu laisses faire Barril… Tu le couvres en procédure » Autrement dit : « Exécute et tais-toi ». Un peu de constance dans ses productions est une condition sine qua non pour les rendre crédibles, que je sache. Esprits cartésiens, au boulot pour détricoter cela : vous n’aurez aucune peine à y parvenir !

Je passe à autre chose :

La Justice parisienne piétine lamentablement depuis juin 1983, et plus encore après le témoignage enregistré de Jégat en octobre 1985 au cabinet Verleene. Pourquoi ? La réponse viendra de l’avocat général Marc Domingo postérieurement au procès tenu pour subornation de témoins en juin 1991 dans lequel il avait requis contre vous et Windels, s’en remettant à la sagacité des juges quant à la culpabilité de Prouteau. Je cite des extraits de son interview télévisée :

«… La règle à l’époque était de « signaler » les affaires ayant des incidences médiatiques, politiques, etc. Et surtout de ne rien faire sans avoir obtenu les bénédictions de la hiérarchie, c’est-à-dire parfois du ministre de la Justice… mais le plus souvent du parquet général qui nous donnait un certain nombre de directives avalisant nos propositions… Dans une affaire comme celle-là, la règle était de ne pas trop bouger. En ce qui concerne le juge d’instruction – qui avait démarré très fort et dont l’honnêteté et la compétence ne sont pas mises en cause – je crois qu’il s’est trouvé paralysé psychologiquement par le poids de cette affaire :

Le parquet n’a pas trop envie d’avancer sans instructions… il attend que le juge bouge… Ce qui fait que quand on cherche une explication très machiavélique selon laquelle le pouvoir aurait donné des directives extrêmement précises pour infléchir la procédure ou la paralyser, je crois que ce n’est pas la bonne explication… On a prétendu, à un moment donné, qu’on avait écarté Barril de toute implication judiciaire au motif qu’il aurait détenu un certain nombre de secrets compromettants pour les uns et les autres, qu’il y aurait eu pression… Je pense que cette version est très romanesque et ne correspond pas à la vérité… L’image très positive de Barril, valorisante, a peut-être été l’un des facteurs qui ont conduit à ne pas engager trop vivement une action judiciaire à son encontre… »

C’est clair, non ? Cela émane d’un éminent magistrat avisé ; cela n’est pas produit dans le feu de l’action mais après éclaircissements propres à susciter une analyse objective de données réelles.

1987. Quelle année ! Sans cesse s’amplifie la pression médiatique, boostée à chaque occasion. Ce n’est pas la Justice qui agit et condamne, ce sont les médias qui se substituent à elle. Comment ? Comment ? Prouteau n’est pas encore inculpé ? C’est inn’ ad’ mis’ ssible !!!

Au sein du clan de vos souteneurs inconditionnels et de vos intoxiqués, vous maintenez le fer au feu. En activant ces fidèles vecteurs propagandistes, particulièrement ceux du Monde (dont Plenel), du Canard enchaîné (dont Marion-Baruch), et de Libération à l’occasion – tous ou presque acharnés à la perte de Mitterrand… cela en remplissant l’escarcelle de leurs supports.

Oh ! Ne me dites pas le contraire. Ainsi l’un d’eux, du Figaro, me confiera-t-il avoir été victime de votre pression durant plus de six années avant d’éventer vos si persuasives manœuvres. A ses dires, il vous arrivait d’aller dans la salle commune de rédaction du journal… de vous installer en terrain conquis devant les télescripteurs… de vous insurger de son manque de pugnacité occasionnel à vous défendre : « Le Monde a publié ça. Et alors, vous, mon gars, vous ne faites rien ?!?!).  Paraît-il qu’un jour, mécontent de la teneur d’un article pondu par l’un de ses confrères (J.-Charles R.) vous le lui avez dit vertement, précisant : « Vous avez de la chance. Si je vous avais trouvé dehors, je vous aurais foutu ma main sur la gueule ! » (décidément, chez vous, c’est obsessionnel, cette main baladeuse ! »

Votre « correspondant » du Figaro (je reviendrai à lui) me confiera encore à peu près ceci : « Un jour, entre 88 et 90, je vais voir Beau à son lieu de travail, à l’Acquaboulevard.  Lorsque je demande à l’hôtesse d’aller m’annoncer, elle se met à trembler comme une feuille, presque à pleurer à l’idée d’aller vers lui. Depuis son bureau de directeur du personnel ou des relations publiques, il nous commande un café à une autre employée. Sur un ton qui me conduit à l’interpeller « Mais pourquoi traiter ces filles d’une manière aussi brutale ? » Sa réponse : « Ce sont toutes des nulles… Va falloir faire un sacré ménage, ici. »

A ce moment lui est annoncée l’arrivée d’une inspectrice du travail. Sa réaction : « Qu’elle attende ! Je vais la laisser poireauter, cette conne ! Elle vient pour me faire ch… » Mon interview, enregistrée sans hâte, je suis parti… tandis que la l’inspectrice continuait de faire le pied de grue dans le hall. Est-ce par hasard ou de son fait que les prestations de Beau à l’Acquaboulevard prirent fin au lendemain du procès tenu en appel pour subornation de témoins ? Ca, je l’ignore.»

C’est à ce journaliste que vous pensiez lors du procès des écoutes, quand devant beaucoup de personnes, regard appuyé en sa direction vous avez dit : « Dans mon combat, je n’ai été trahi que par un seul journaliste » ? Pourquoi et comment trahi ? Vous le savez. Après qu’il se convainquit du fait que vous usurpiez la qualité de victime dans le coup de Vincennes, il avait osé l’écrire dans son Figaro. Cela bien que je ne le considère pas comme idolâtrant le châtelain « Tonton ».»

Le 21 mai 1987, Le Parisien titre : Le commandant Prouteau inculpé ? Dans l’article qui suit, faisant référence au Monde, s’y lit que Mitterrand avait nommé préfet le lieutenant-colonel Prouteau le 16 mars 1986, jour des élections et du départ de la cohabitation Elysée (gauche) – Matignon (droite).  Pourquoi une telle nomination plutôt qu’un retour dans la Gendarmerie du « majordome » présidentiel ? Simplement parce que pour avoir servi trop fidèlement la gauche élyséenne, la hiérarchie et la droite le lui feraient payer d’une façon ou d’une autre. Il était grillé, essentiellement de votre fait.

Dans l’article cité du Parisien se lit l’inévitable menu déroulé de votre version du coup foireux de Vincennes tel que le signataire de l’article l’enregistre de votre bouche. Et en outre que le directeur de cabinet (André Sadon) du nouveau garde des Sceaux (Albin Chalandon) a sur son bureau un rapport du parquet de Paris mettant Prouteau en cause.

Visiblement, des directives sont demandées au garde. Ah ! Chalandon ! Chalandon et Chaumet ! Cette association vous rappelle-t-elle quelque chose. A peine ? Alors il me faut de nouveau compléter vos souvenirs passés au sas de la sélection…

(chronique 24/47 parue le 8 août 2010)