Chronique 09/47
Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 9
Dans la bulle : « Bon, sans rire, qu’est-ce qu’on devient, nous ? »
Explications promises :
1) Par « association » à l’enquête, le substitut de Créteil n’entendait aucunement que vous devrez poursuivre l’enquête avec vos subordonnés puisqu’il vous en avait lui-même dessaisi le 29 août 1982. Ses propos sont à interpréter ainsi : d’une part, il démontrait la reconnaissance du mérite de la Gendarmerie dans la phase « arrestation », d’autre part il vous encourageait à ne pas vous buter au point de refuser toute aide verbale attendue des commissaires (Genthial et Cancès)… soucieux de mener à son terme l’affaire de la rue des Rosiers. D’autre part, les gendarmes dits par Arpaillange placés sous votre autorité ne l’étaient plus dès le 30 août, jour de reprise de vos fonctions d’adjoint au chef du bureau-service-organisation (Pâturel) de notre état-major parisien. Veille aussi du retour à son poste du patron en titre de la SR (Delestrade).
2) Le procureur général Arpaillange, demande si, lors de l’enquête, vous bénéficiiez de la possibilité d’effectuer des actes de police judiciaire, ce que vous niiez énergiquement face à vos chefs et au juge Verleene…
Comment avez-vous surmonté cette suspicion ? Auditionné par notre chef de corps, le colonel Clemenceau, puis par notre commandant régional, le général Janet, vous les persuadez que Créteil vous avait ordonné de poursuivre l’enquête parallèlement à la crim’. Sur cette information mensongère, tous deux l’accréditent par écrit et convainquent notre DGGN, Barbeau, du fait qu’à défaut de commission rogatoire il était normal que vous refusassiez de poursuivre vos investigations. De même, il lui est indiqué ceci : « … comme il apparaît à la lecture du procès-verbal établi à l’occasion de cette affaire, Beau n’a effectué aucun acte de procédure et s’est contenté de rédiger le document de synthèse… il serait injuste qu’il fasse les frais d’une polémique Gendarmerie-Police dont il n’est aucunement responsable…»
C’est à demi-rassuré que, quelque temps après, dans votre bureau où vous m’aviez invité à me rendre lors d’un passage sur Paris, vous m’exhibez le dossier complet destiné au procureur général. Parbleu, s’il venait à quelqu’un l’idée de m’interroger, je ne pourrais qu’abonder dans le sens de nos supérieurs !
Bien joué ! Habilitation OPJ tout de même délivrée ! Notamment grâce à un petit coup de pouce de Prouteau, m’a-t-on dit (il est lui aussi au nombre des bernés), et la production d’une lettre de Genthial, m’a-t-on écrit, attestant qu’au temps où il servait au SRPJ d’ Orléans et vous à Bourges ou Chinon, vos relations avaient été bonnes (je reviendrai sur ce point…).
J’en arrive maintenant à mars 1983, peu après que la chambre d’accusation de Paris (trompée, elle aussi) ait validé votre procédure-bidon établie à Vincennes. Là, une nouvelle fois, je me rends près de vous sur une quasi convocation. Vous me tenez ce langage : « Je vous veux comme adjoint à ma SR. J’ai vu votre dossier : il est éloquent. Vous allez pouvoir tapisser votre chambre avec la flopée de lettres de félicitations que généraux et colonels vont ont attribuées pour la réussite d’affaires judiciaires.
Le chef de corps, Clemenceau est OK. Alors, c’est oui, tout de suite ? »
Bien que flatteuse, cette offre est loin de m’emballer. Je sais que ce sera non (je n’ai pas envie de tomber sous vos griffes et de grossir les rangs des OPJ de m… dont vous m’aviez parlé à Vincennes – depuis la Touraine et Paris, on m’avait prédit qu’en acceptant, je courrais à ma perte sous brefs délais). Prétextant devoir consulter mon épouse, pour la forme je diffère ma réponse de 24 heures. Lors de notre entretien des plus chaleureux, vous me tenez aussi ces propos : « Dites-moi, j’ai appris que votre patron colportait partout, notamment à des candidats à l’avancement, le fait que la perquisition de Vincennes était bidon. Quand je vais descendre à Vincennes, je vais l’attraper par le colback et je le traînerai jusqu’à la direction s’il le faut »
Une telle perspective m’enchante. Je la souhaite rapidement exécutée, d’autant qu’un des protégés de mon officier manœuvre auprès de la direction pour conserver son bienfaiteur une année de plus que prévu à Vincennes. Avec l’arrivée de son successeur, c’en sera fini de ma « placardisation », de mon harcèlement, des égarements de certains personnels. De la démagogie et de la flagornerie bilatéralement si productives. En vous quittant, je vous aurais presque embrassé…
Arrive le 6 mai 1983, 13 heures 30 environ. Mon patron est en week-end prolongé dans l’Oise. Je suis encore le responsable temporaire de la boutique, hélas. Beau, vous débarquez dans mon bureau en compagnie de mon colonel (Piat, patron du Val-de-Marne) et de quelques éléments de la SR que vous commandez légalement depuis décembre 1982. D’entrée, je suis informé du but de votre « raid » salvateur. Vous dites êtes saisi d’une plainte d’un citoyen (un hyper-truand de basse zone que je ne connais que trop, et qu’ici je vais appeler Campit). Quelques années auparavant, depuis mon bureau, je l’avais localisé dans un garage sur Paris, et fait cravater par mon successeur à la BR, l’adjudant Tricot, alors que la Justice le recherchait pour une douzaine de motifs.
Sorti du gnouf, n’ayant plus à se cacher, il avait repris contact avec différents services de Police et de Gendarmerie. Prétendument en tant qu’indicateur, mais surtout en tant que curieux et corrupteur foncier. Ainsi, trop lié d’amitié (paradoxal !) avec des éléments de la BR, il y venait souvent, notamment sous le prétexte de fournir des éléments sur un trafic d’armes se tenant dans un bouge de Saint-Mandé. Via mon patron qui supervisait l’affaire – sans m’en parler bien évidemment – cet établissement avait été mis sur écoutes judiciaires légales…
Beau, vous me précisez que ce lascar a été séquestré par des civils envoyés à lui par deux gendarmes : Caudan le photographe (eh oui !) et l’ex-intime dudit voyou (que je vais nommer ici Bacheler). But de la séquestration annoncé : récupérer la voiture d’un proche de Caudan qu’il détenait indûment… Oh ! la séquestration ne devait pas avoir été bien sévère puisque j’apprendrai plus tard qu’elle avait eu lieu chez le truand (à Mandres-les-Roses), qu’elle n’avait duré que le temps de savourer apéro et amuse-gueule offerts par le sequestré en personne…
Piat parti, je vous décris le passé du plaignant, vous incite à la circonspection face à de tels voyous sachant habilement mêler le vrai et le faux pour régler leurs comptes afin que la totalité de leurs propos soit gobée. Et je vous informe du fait qu’un jour je l’avais flanqué manu militari à la porte de la caserne ; ceci avant que mon patron ne l’autorise à y revenir à sa guise par la porte opposée… Je vous fais part de mon étonnement que Campit n’ait rien « bavé » sur mon compte. Il ne peut nourrir que rancune basée sur mon attitude hostile et répétitive à son encontre.
Votre regard, un mot maladroit de trop me font douter de la sincérité de votre réponse négative. La restitution d’un dossier, que je vous avais remis un bon mois plus tôt, également. Rappelez-vous, sur le dossier, vous aviez écrit de votre main : « Tuyaux du major Durand« . Il portait sur l’élucidation possible du meurtre d’un Yougoslave commis sur Paris. En voudriez-vous copie ?
(Chronique 10/47 parue)
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