Chronique 43/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 43

Selon vous, Beau, qu’est-ce que L’HONNEUR ?

Pour le Petit Larousse, c’est cela : Dignité – Bien moral dont on jouit quand on a le sentiment de Mériter de la CONSIDERATION  et de Garder le droit à sa propre ESTIME.

Ah ! Ce procès ! Il est digne de figurer dans les annales de Sainte-Geneviève, de Saint-Yves, de Saint-François de Sales et de Saint-Arnvald, non ?

Souffrez, Beau, que je sourie en relisant les propos rapportés dans la presse écrite y ayant été tenus par l’un de vos avocats : « … dans l’affaire des Irlandais, mon client a été le seul à avoir eu une attitude digne ». Et que je pouffe en jetant un œil sur vos écrits dans lesquels vous fustigez les « baïonnettes inintelligentes » de Vincennes et de la cellule, qui, selon vous auraient dû s’abaisser ou se retourner contre les donneurs d’ordres illégaux. Un comble, pour qui sait pourquoi, comment et combien vous avez donné ce type d’ordres à des sous-officiers ! A ce propos, pourquoi n’avez-vous jamais retourné ou abaissé la vôtre, de baïonnette, face à vos prétendus ordres illégaux reçus de Mitterrand-Prouteau à Vincennes, puis du seul Prouteau ultérieurement ?

Allez, quand vous répondrez à ma présente interpellation – si tant est qu’elle vous parvienne – vous me direz si parmi tous les prévenus, y compris ceux dont je ne vais pas reparler ici (Marie-Pier Sajous, Esquivié, Barril, Charroy, Gilleron, Orluc, Mangin, Tissier), il en est dont l’attitude parfois vive et normale de défense a comporté un écart quelconque de langage en riposte aux attaques portées tant par certaines parties civiles que par des « enrobé(e)s » de noir. Et vous me direz en outre si l’un ou l’autre du groupe de la cellue a tenté ne serait-ce que l’esquisse d’une défausse injustifiée de ses propres responsabilités vers autrui.

Ceci dit, pour couper court à certaines « rumeurs bienveillantes » auxquelles vous n’êtes vraisemblablement pas étranger, apprenez du « ripou » s’adressant à vous ici, qu’il n’a jamais roulé pour l’un ou l’autre des prévenus… qu’il ne lui a jamais rien été demandé… qu’il ne leur doit pas plus qu’ils ne lui doivent (sauf peut-être l’oublieux Prouteau, sans doute encore persuadé que sans moi le scandale de Vincennes n’aurait jamais éclaté, et admettant difficilement que je ne qualifie pas les trois Irlandais de véritables terroristes)… Ce ripou n’adhèrant à aucun parti politique aurait tout aussi vigoureusement ramé à contre-courant au nom de la vérité-vraie si la droite plutôt que la gauche avait été mise au pilori (ceci en réponse à certains m’ayant reproché de défendre des socialistes). Enfin, sachez que son casier judiciaire (bulletin n° 1) demeure vierge, sans qu’aucune quelconque loi d’amnistie n’ait eu besoin de lui redonner sa virginité !

Cela doit vous faire rager, vous qui n’avez pas réussi à accrocher ce besogneux, ce prétendu délinquant à votre tableau de chasse en 1983 ! Pour que, plus de deux décennies après, tonitruant, vous l’ayez agoni publiquement et même menacé physiquement !

Enfin apprenez que ce même « non repris de justice » est toujours habité d’un terrible remords. Celui d’avoir prévariqué en n’osant pas se substituer à son patron direct pour dénoncer officiellement en temps opportun à sa haute hiérarchie vos « fantaisies », perpétrées dans sa caserne vincennoise. Sa carrière n’en aurait pas été brisée pour autant : il avait déjà son bâton de maréchal depuis cinq ou six ans. Cette hiérarchie lui aurait peut-être tenu rigueur de sa dénonciation, mais sa combativité aidant il l’aurait renvoyée à la coupable incurie que fut celle de plusieurs échelons de son commandement. La loi du talion, j’adore (pour un oeil, les deux yeux, pour une dent, un dentier) !

De digressions en digressions, je m’égare. Donc, stop ! Retour au procès, précisément au réquisitoire de l’avocat général Cordier ayant duré six heures :

Dans son esprit, il ne fait aucun doute que Mitterrand est à la base des dérives de la cellule, et que ses ex-Premiers ministres y ont une responsabilité à peine moindre. Mais comme on ne tire pas sur un corbillard même déchargé de son contenu, que ni Mauroy ni Fabius ne figurent au banc des prévenus, il ne peut que se rabattre sur les présents.

Ainsi, requiert-il prison avec sursis et amendes pour dix d’entre eux : 10 mois pour Ménage et Prouteau, 5 pour Delebarre, 6 pour Schweitzer, 4 pour Esquivié et Gilleron, 3 pour Orluc, Tissier et Mangin, 1 pour la pauvre madame Sajous… qui a dactylographié la transcription des écoutes sans s’intéresser particulièrement aux motivations de ses chefs.

Contre toute attente, au bénéfice du doute, Cordier ne retient pas Barril dans les liens de la prévention, suggère même sa relaxe dans l’affaire de recel de documents classés secret-défense. Pour finir, sans doute conscient de l’énormité des charges ayant incombé au colonel Charroy (responsable de plus de 900 lignes aux Invalides au temps des délits poursuivis), Cordier s’en remet à l’appréciation du président Kross et de ses assesseurs pour le relaxer ou le condamner.

Après clôture des épiques débats, mis à part d’énièmes emballements médiatiques rappelant mille fois votre virginité de martryr crétin et cocu vincennois prétendu, c’est l’attente fébrile du rendu du jugement.

Lorsque ce jour de novembre 2005 arrive, une nouvelle fois nombreux sont ceux qui halètent au palais de justice en attendant l’heure d’ouverture de l’audience. Parmi eux : vous. Sans doute habité de différents espoirs dont celui de passer au tiroir-caisse de dommages et intérêts substantiels en tant que partie civile…

Quant à moi, rôdant du côté du service de sécurité du palais, j’engage la conversation avec un sympathique lieutenant (L.) affecté là en tant qu’adjoint d’un colonel de Gendarmerie. Et je lui dis à peu près ceci : « Attention : avec Beau il risque d’y avoir du sport ! L’autre jour, il m’a menacé et ordonné de quitter la salle des pas perdus… Je sais qu’il a également menacé de mort le général Esquivié. Et qu’il… »

Sa réponse ? « Oui, oui, major, on sait. On le connaît ! Rassurez-vous, on sera en nombre suffisant pour le neutraliser si besoin… Si vous voulez, venez donc devant la porte de la salle d’audience avant son ouverture. Je vous y ferai rentrer, vous serez sûr d’y avoir une place assise ».

Ceci, vous l’ignoriez, comme vous avez occulté de relater ces incidents dans vos productions orales et écrites :

Alors que je m’approche de salle d’audience encore fermée, s’y trouvent déjà en attente une vingtaine des personnes. Placé dans votre dos, je vous aperçois parmi elles. Je vous entends incruster, comme s’il en était encore besoin, votre ritournelle d’écorché vif, afficher votre martyre d’officier supérieur sacrifié au nom de la raison d’Etat. Et critiquer les membres du tribunal. Un peu comme si vous saviez déjà qu’ils vous débouteraient (ce qui ne m’étonnerait pas car si je me réfère à votre dernier livre, vous n’avez jamais manqué « d’approcher » X… et Y… exerçant au palais).

Vous retournant, et constatant ma présence, vous m’apostrophez haut et fort par ces mots : « Ne manquait plus que cette espèce de vérole ! » C’est l’amorce de notre ultime joute oratoire :

Moi : « Mais je ne vous demande rien. Pourquoi vous m’insultez ? »… Tout cela face à un auditoire serré, me scrutant en se demandant qui je pouvais bien être. Rompant aussitôt avec notre proximité physique, vous vous reculez de quelques mètres, ce qui me permet d’éclairer mes interrogateurs du regard, sidérés pour la plupart : « Je commandais la Gendarmerie de Vincennes lors de l’arrestation des Irlandais. Et j’ai été témoin de ce qu’il a fait, LUI !!! Il m’insulte parce que je dis la vérité… »

(Chronique 43/47 parue)