Chronique 27/47
Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 27
Le Parisien (25/6/91)
En attendant l’ouverture de l’audience, en salle des pas perdus j’avais interpellé ainsi notre ex-chef de corps intérimaire, Boisson : « Pourquoi n’êtes-vous pas intervenu en février 1983 alors que vous m’aviez reçu et entendu vous dire qu’à Vincennes se passaient des faits de commandement inadmissibles ? Puis, la situation s’aggravant, le mois d’après où, je vous avais encore appelé à mon secours aux termes d’une lettre personnelle détaillée ?
Vous ne vous étiez pas rendu compte de la mégalomanie, de la « folie » de celui que vous aviez mandaté pour démolir Vincennes ? « Nettoyez-moi tout ça ! « , tel avait été votre ordre donné à Beau début mai 83. En tout cas, je ne vous dis pas merci pour ce que vous avez fait pour nous, les Vincennois… »
Sa réponse, la tête basse : « Il était tellement bien noté ! Cette interpellation-règlement de comptes avait provoqué aussitôt cet aparté à mon intention de Simonnet ou Dufréchoux : « Tu as bien fait de le moucher, sache qu’il n’a pas fait plus pour nous à la SR de Paris. Ici, je ne peux me permettre de lui dire ce que je pense. J’attends de l’avancement, et comme je le crois encore capable de me sabrer, bien qu’en retraite (…) Fais gaffe à ce collègue là-bas, c’est l’espion, le mouchard de Beau qui est encore à notre unité et roule pour lui… »
Tous les témoins cités n’assistent pas aux débats du premier jour du procès, le président les ayant renvoyés et convoqués pour le lendemain. Je suis du lot, ce dont vous vous souvenez peut-être. D’après ce que j’en apprends le soir et par la presse écrite du lendemain, l’affrontement a déjà été vif. L’absence jugée anormale de Barril est au cœur des débats. Viendra-t-il, ne viendra-t-il pas, lui que vous attendez pour le voir menotter en public ?
Le 25 juin 1991, depuis l’étuve qu’est la salle des nombreux témoins, nous sommes interpellés par la violence verbale exercée dans la voisine, celle des débats. Une voix surpasse les autres : la vôtre. Vous en prenez-vous à Barril, à Prouteau, à Verleene, à la terre entière ? Sans doute votre violence innée a-t-elle inspiré cette citation du PR en 1984 :
« La survie n’existe que si l’on est conquérant. Toute situation défensive est perdue. »
En soirée, arrive enfin mon tour d’être appelé à la barre. L’heure est tardive. C’est une pratique courante que d’appeler un témoin gênant alors que les chroniqueurs judiciaires sont déjà partis préparer leurs productions du soir et du lendemain.
Là, voyant que le président a sous les yeux votre « L’honneur d’un gendarme » qui lui sert de guide au même titre que ses codes pénal et de procédure pénale, d’entrée je me lance : « Je vois que vous avez ce livre. Je l’ai aussi (je le sors de ma serviette et l’exhibe). Et je puis vous affirmer que je n’ai jamais lu autant de mensonges par page. »
Visiblement offusqué tout autant que le sont ses assesseurs, plutôt que de m’interroger sur tel et tel point particulier, Lacamarats me demande de les lui énoncer. Ce que je tente sans trop savoir par lesquels débuter tant la liste est longue. Et je commence par la base consistant à dire que le major Windels n’a pas assisté à la perquisition. Tandis que ce dernier se lève en signe de protestation, le meneur de jeu me coince : « Où était-il alors ? » Et moi de répondre, gêné : « Je n’en sais rien… c’était un samedi… je suppose qu’il était en repos ». C’est ainsi que, contrarié par le mal involontaire infligé à mon ami José Windels, je perds un peu la face. S’ensuit, pour la forme, quelques questions du président liées à la présence du dit major qu’il croit, lui, réelle. Et donc en conclut que la suite de mon témoignage ne peut être que mensongère, sans intérêt.
Péniblement, à défaut d’autres questions directes à moi posées, j’arrive tout de même à affirmer que Prouteau n’est pas impliqué dans votre bavure procédurale vincennoise du 28 août 1982. Cela n’intéresse pas Lacamarats. Il n’à à juger que l’affaire de subornation de témoins, point barre !
Comme la parole est libre dans un tribunal et que l’avocat général Marc Domingo me demande ce que je pense de vous, je ne suis aucunement gêné pour dire qu’à mes yeux vous êtes un mythomane, un mégalomane, un paranoïaque, « maux » dont j’avais appris la signification par coeur au dico (1) . Oh, vous êtes furieux ! Sorti de votre serviette préalablement à mon témoignage (!!!), vous brandissez alors le texte dactylographié que vous m’aviez demandé de rédiger le 7 mai 1983, jour de l’arrestation des gendarmes Caudan et Bacheler. Document portant sur la personnalité et la conduite hors clous de ces derniers, de Martinet, de Lachaud et de votre homologue colbacké (absent au tribunal parce que nullement cité comme témoin par qui que ce soit ! – im-par-donn-able !).
A l’appui de votre exhibition, vous hurlez au président :
« Demandez donc au témoin s’il n’a pas eu d’ennuis avec sa hiérarchie ! » Vicelarde question qui me permet de rétorquer ce qui n’est pas en votre faveur : « Oui, ma VH m’a muté. Mais, malgré son acharnement, sans avoir pu dénicher un quelconque motif pour me punir. Elle s’est uniquement basée sur la dénonciation calomnieuse d’un multirécidiviste du pénal, l’indicateur du prévenu. Demandez donc au premier substitut Russier, de Créteil, si ce n’est pas vrai. Fin juillet 1983, alors que je demandais à être auditionné une nouvelle fois, sa réponse avait été quasi textuellement la suivante :
« Mais monsieur Durand, mon enquête sur votre compte est terminée. Je n’ai pas à vous réentendre. Au parquet de Créreil, on vous connaît bien (depuis 1969 !). Dès la mi-mai 1983, on savait tous que vous ne pouviez pas être coupable des monstruosités dont vous étiez accusé. » Merci, Russier ! Hou ! les cornes, affreux calomniateur(s) !
Avant que Lacamarats ne m’invite rapidement à quitter la barre (ou ne m’en expulse sans véritablement m’interroger car ma prestation ne va pas dans le sens espéré), j’ai tout de même l’audace de placer en de courtes minutes quelques éléments sur vos motivations de mai 1983. Celle de vous venger de mon patron et celle de décrédibiliser tous témoins vincennois susceptibles d’avoir votre peau… tout cela en corrélation avec votre évidente stratégie de défausse en direction de l’Elysée.
Que vous rappeler d’autre à propos des débats ? Mille choses, mais je m’en tiens ici à quelques-unes ne manquant pas de saveur :
Vous souvenez-vous que le commandant Esquivié (membre de la cellule dès septembre 1982, donc après votre exploit des 28 et 29 août) a affirmé au tribunal que vous lui aviez dit ceci en forme de chantage : « Prouteau est bien placé… Je te préviens : si je ne suis pas au tableau d’avancement cette année, je dirai que c’est Mitterrand qui a monté le coup de Vincennes» ? Hélas, Esquivié n’est pas plus cru que moi par Lacamarats !
Dans vos abondantes « conférences », vous prétendez avoir été « convoqué » à l’Elysée une douzaine de fois par Prouteau pour « faire tenir l’affaire de Vincennes. » Or, vous n’aviez nul besoin d’être convoqué pour pénétrer en ce sanctuaire. Des preuves ? Dans vos récits, vous dites y être allé le 30 août 1982 « pour faire des reproches à Prouteau », et que vous avez rendu visite au général Armand Wautrin, commandant militaire du palais. Un homme vous ayant eu sous ses ordres en Touraine, qui vous apprécie jusqu’à vous reprendre sous son aile protectrice en septembre 1984, aussitôt votre inculpation pour subornation de témoins prononcée. Wautrin muté, sous le prétexte annoncé de rendre visite à son successeur – ce que vous révélez aussi -, et la grille d’accès au paradis s’ouvrait…
Une preuve de plus (comme s’il en était besoin ?) : un jour alors que, justification à l’appui par production de visas au passeport, Prouteau était aux Etats-Unis depuis et pour quelques jours, vous y êtes allé, en ce lieu tellement attractif. Détail dont la correctionnelle de Lacamarats ne tiendra pas compte non plus, ajouterai-je ici.
L’Elysée, c’était un peu votre chez-vous bis. J’ai entendu en semi-aparté la secrétaire de la cellule dire qu’il vous était arrivé, en l’absence de Prouteau (!), de vous asseoir à sa place, de mettre les pieds sur son bureau en ronronnant du « On est rudement bien, ici… au même étage que le président. » Avez-vous lu dans la presse, tout comme moi, qu’une affectation en tant que 3ème homme de la cellule vous tentait ? (Oh ! ces journalistes ! Ils écrivent bien n’importe quoi !, me diriez-vous).
Encore une révélation que je ne voudrais pas omettre :
Pendant une suspension d’audience, j’ai présenté mes excuses à Windels pour l’avoir mis en difficulté malgré moi en le déclarant absent de la perquisition, car je croyais qu’il avait avoué cela à Verleene. Ses réponses liées à mes questions : « T’inquiète pas, j’ai mes raisons (la crainte justifiée d’être poursuivi pour faux en écritures !). (…) Avant d’aller arrêter Caudan, j’avais prévenu Beau que le coup de Vincennes allait nous retomber dessus façon boomerang acéré. Tu le connais : il n’a rien voulu entendre. (…) Oui, j’ai acheté son livre. J’ai lu les 20 premières pages puis je l’ai aussitôt déchiré et flanqué à la poubelle. A la poubelle, tu m’entends ?! Quand je pense qu’il a osé écrire que je ne savais même pas rédiger un PV de perquisition, c’est un comble ! T’as vu comme aujourd’hui il hurle encore et se pavane. C’est presque lui qui dirige les débats. Il est capable de se tirer d’affaires, je le crains… »
Moi : « Quand Beau et ses « gens » sont venus arrêter Caudan et Bacheler à Vincennes, avant de nous accuser en bloc de tous les maux, vous n’avez pas pensé que notre réplique serait sanglante ? »
Windels : « Je ne t’apprends pas qu’IL se croyait invulnérable parce que soutenu par la hiérarchie. Quant à votre mise en cause globale, il n’a pu que l’estimer indispensable à sa « survie .» Un énième loupé à son actif, en somme ! »
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(1) Le Petit Robert 1990 :
Mythomanie : forme de déséquilibre psychique, tendance pathologique à mentir, à mettre en scène des faits réels, imaginaires, voire souhaités…
Mégalomanie : comportement pathologique caractérisé par désir excessif de gloire, de puissance ou l’illusion qu’on les possède…
Paranoïa : Troubles caractériels (orgueil démesuré, méfiance, susceptibilité excessive, fausseté du jugement avec tendance aux interprétations) engendrant un délire et des réactions d’agressivité.
(Chronique 28/47 parue)
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