Chronique 05/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE

« Pas besoin de témoin(s) avec des terroristes ! Oust, chef Lemonnier ! »

               

M. Plunkett         Mary Reid       Stefen King            

Presse  (10/8/1983)

Vers 18h30 donc, l’appréhension de Mickaël Plunkett s’opère comme prévu alors qu’il s’apprête à pénétrer dans son immeuble. A quelques minutes près (combien ?), elle fait suite à celle de Stefen King, neutralisé, lui, dès sa sortie de l’appartement surveillé. Aussitôt, tous deux sont conduits manu-GIGN à notre caserne. Vous partez alors sur place à bride abattue (à 1 km), suivi immédiatement par Lemonnier, et Caudan (muni de son appareil photo et de sa mallette de police judiciaire) puis, quelques minutes après, par une partie de votre équipe parisienne, les chefs Simonnet, Dufréchoux et Kiss. Le chef Mathy, lui, parti en ville acheter de quoi se sustenter, rejoindra votre groupe dans l’appartement un petit moment plus tard.

Moins d’une demi-heure après, vous me rejoignez et m’informez que le premier appréhendé l’a été dans l’escalier, alors qu’il sortait de l’appartement à la fenêtre duquel il avait été aperçu buvant du lait. Le bruit occasionné par l’empoignade a provoqué la venue sur les lieux, sirène hurlante, de policiers du Commissariat local, appelés qu’ils avaient été par une habitante de l’immeuble effrayée par « une bataille de voyous ». Dès leur arrivée, Barril se présente à eux et leur demande de quitter le secteur pour ne pas griller la planque en cours. Ce qu’ils font volontiers sur le champ avec le maximum de discrétion.

D’initiative, au reçu de votre information, sans perdre une seconde, je téléphone au dit Commissariat pour lui confirmer l’intervention en cours de la Gendarmerie rue Diderot. En outre, et je prie mon correspondant de bien vouloir, s’il est envisagé de rendre compte à sa hiérarchie de Créteil, utiliser le téléphone plutôt que la radio. Radio écoutée par des journalistes… mais peut-être aussi par des voyous d’envergure. Mon message est reçu 5/5 (Commissariat et Gendarmerie de Vincennes se sont toujours entendus à merveille).

Bien évidemment, l’information des deux arrestations est annoncée sans attendre à notre hiérarchie mais aussi à Prouteau. Je vous entends encore aujourd’hui lui tenir à peu près ces propos : « Allo, Christian ? On en a deux ! Les saisies ne sont pas aussi importantes qu’escompté, mais on a tout de même des armes, des munitions. Des papiers qui vont parler. C’est une affaire en béton ! Du béton que j’te dis ! La Gendarmerie va redorer son blason. Les flics vont tirer une de ces gueules : j’te raconte pas ! Paul et son GIGN planquent toujours, d’autres terroristes vont sans doute tomber dans la souricière… »

Effectivement, vers 20h30, c’est Mary Reid et son fiston Cathal qui y tombent lors de leur arrivée rue Diderot. Ils viennent de Paris où, sur la voie publique, l’Irlandaise a ramassé quelques tunes en lisant les lignes de la main de badauds (curieuse attitude d’une terroriste, vous ne trouvez pas ? Qui dit exhibition sur la voie publique dit aussi contrôles de police probables, non ?). Oust, à la caserne illico ! Toujours manu-GIGN, les pieds de la petite Irlandaise et de son môme touchant à peine le sol.

Quelque temps après, ayant confié une mission à chacun des OPJ déjà en place,  je vous vois et vous entends participer aux interrogatoires. Distribuant ici et là des I am big chief of criminals investigations ! Oh, vous n’êtes pas peu fier ! Non seulement le communiqué est passé au 20 heures, – ce dont je vous rends compte après que mon épouse m’en ait informé par téléphone. Mais Mitterrand a chargé Prouteau de féliciter tous les enquêteurs opérant à Vincennes. C’est l’extase, la sérénité suprême – que dis-je ? – un plaisir orgasmique. A s’en tambouriner la poitrine façon primates !

A un moment donné, je vais dans l’un des bureaux d’auditions où vous titillez Plunkett. Sans que je ne vous demande rien, vous me dites textuellement : « Vous vous rendez compte, il ne veut rien reconnaître.  Ni signer ! Heureusement qu’elle, elle était là ! »

Cela vaut bien un rafraîchissement de mémoire, non ? Cela signifiait que c’est elle (Reid) qui devrait signer le procès-verbal de perquisition… à laquelle pas plus que Plunkett elle n’avait assisté. Ou encore, était-ce de l’intox propre à sortir l’Irlandais de son mutisme ? Jugiez-vous Reid naïve à ce point ? D’ailleurs à ce sujet, vous souvenez-vous de ce que vous avez ordonné au chef Lemonnier en ma présence, après 21 heures, alors qu’il revenait de chez les Irlandais et s’informait sur le point de savoir lequel était censé assister à la perquisition en cours ? « Pas besoin de témoin avec des terroristes, ils sont dangereux. Retournez là-bas et ramenez tout ce que vous trouverez. » En clair : « Fermez-là et exécutez  ! » Moi-même, je n’interviens pas, persuadé que sur place existent au moins un autre citoyen appréhendé ou deux témoins civils requis comme le prévoit le Code de procédure pénale. Ceux-ci assistant aux fouilles de vos OPJ parisiens  restés sur place en attendant le retour de l’émissaire Lemonnier, porteur de votre ordre illégal d’exécution répercuté.  A ces gradés  (en fait les meneurs de l’opération tandis que le dit émissaire et Caudan n’étaient que leurs assistants) d’agir « sans hésitation ni murmure » et de ramener à la caserne le vrac à portée de leurs mains… ce qu’évidemment ils feront !

Je cite ici le témoignage produit dès le 29 août 1982 au soir par ledit chef Lemonnier – alors que vous n’êtes pas encore à ses basques pour le discréditer : « Quand Caudan et moi sommes arrivés sur place, il n’y avait que Beau, Barril et un gars du GIGN.  D’entrée, Beau nous a ordonné de « perquisitionner dans la pièce du fond, à gauche ». Tandis que Caudan entamait la mission, j’en suis ressorti deux minutes plus tard pour faire un rapide tour d’horizon. Machinalement, passant la main sous des papiers épars sur un petit meuble du couloir, j’ai trouvé un pistolet et ai annoncé cette découverte. Beau m’a hurlé sur un ton sans réplique : « Ce n’est pas à vous de le trouver ! Retournez dans votre pièce et restez-y ! » Peu après ce moment sont arrivés ses gars… sauf le major Windels qu’on n’a vu à aucun moment. L’appartement étant retourné, on a tous pensé qu’il y avait eu magouille ?  Mais Beau, lui, n’a rien vu? Ou rien voulu voir ?!?!?  Pas vrai Caudan ? »

Caudan : « Exact ! Impensable ! Jamais vu un bordel pareil ! »

Si la carcasse de mes deux gars avait tremblé, et s’ils avaient connu la suite de leur sort, ils auraient pu lui servir du cap’tain Fracasse remanié : « Si tu savais ce qui t’attend, tu tremblerais bien plus encore. » Je reviendrai à mes gars, citerai la cause et la nature des tortures à eux infligés de votre fait. Cela vous agrée-t-il ? A moins que d’ici là vous me l’ayez cassée, ma « gueule de vérolé » (ce sont vos mots).

(Chronique 06/47 parue)