Chronique 34/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE

LA COUR D’APPEL DE VERSAILLES ANNULE LA TOTALITE DE LA PROCEDURE SUR L’AFFAIRE DES IRLANDAIS

                                                                                         Le Monde (daté du 27/1/202)

Combien de ces Ribouldingue, Croquignol et Filochard se sont-ils envasés dans le marigot ? 

La confrontation générale chez le juge se termine par un ultime casus belli. Tout en relisant plus que très lentement les 27 pages enregistrées, exigeant que tel mot, voire telle virgule ou faute de frappe soit corrigés, vous accusez violemment le magistrat de faire disparaître des pièces du dossier. Vous souvenez-vous de son emportement consécutif à cette grave accusation ? De la force avec laquelle il a protesté en défendant aussi sa greffière prise à témoin ? D’autres que moi s’en souviennent  parfaitement. Et se gaussent aujourd’hui encore de vos excès variés, manifestement destinés à « enquiquiner » tous les assistants pressés de regagner leur domicile ou leur hôtel par des transports divers. Par avion pour le plus irrespectueux des galonnés à l’égard du magistrat… peut-être bien attendu à la maison des Grimaldi.

Madre, malmené comme peut-être il ne l’avait déjà été au cours de sa carrière pourtant déjà longue, se sait muté à Paris le 1er décembre prochain 2001. En magistrat scrupuleux, sans aucun  doute fortement déçu par l’abandon total des parquets locaux à son sort peu enviable, il ne veut pas refiler le bâton « mielleux » de son instruction à un successeur. Aussi s’en débarrasse-t-il le 29 août par une ordonnance de renvoi direct en correctionnelle du seul Barril. Oh que vous n’êtes pas passé loin de l’être également, vous le témoin  assisté !  Ah ! si seulement le juge avait été maintenu à son poste puis épaulé comme il se devait ! Dans cette hypothèse, vous auriez pu trembler de tous vos membres.

« Que la magistrature dite debout m’ayant abandonné, tout comme l’avait été mon confrère parisien, Alain Verleene, se débrouille avec le dossier ! »…telle a pu ou dû être la pensée de Madre en mettant le point final à son volumineux dossier d’instruction.

L’ordonnance rendue, c’est donc aux parquets versaillais, voire au garde des Sceaux de de déglutir l’amère pilule. Un dossier enrichi par Mickaël Plunkett peu de jours après la confrontation générale si je m’en réfère à un court article du Parisien. Le dit Irlandais aurait confessé à Madre qu’il avait effectivement remis à Bernard Jégat les armes saisies à Vincennes. C’est la toute première fois que l’Irlandais dit cela à un instructeur. Fort bien renseigné et conseillé par son défenseur, il sait que désormais les délais de prescription étant dépassés, il ne risque plus rien  de la Justice. De plus, il voue une si féroce haine au capitaine Barril et à vous notamment, qu’il a plaisir à vous enfoncer encore un peu plus. Espérant secrètement que le capitaine vous entraînera à ses côtés aux assises, vous le procédurier à qui il ne pardonne pas le faux en écritures et la manière dont il a été traité, lui, son amie et son  fils,  et Stephen King.

Va-t-on s’acheminer vers un nouvelle période dilatoire par l’application du yo-yo judiciaire déjà si bien pratiqué depuis 1982 ? Certainement pas car les médias, tout en continuant inlassablement d’accréditer la légende tant ils sont encore et toujours excités pro domo s’impatientent, poussent Versailles, condamnent à sa place les « coupables » désignés de cet inimaginable imbroglio (qu’il aurait  pourtant été facile de démêler dès mai-juin 1983 si la hiérarchie de la Gendarmerie et de la Justice n’avaient pas failli à leurs devoirs d’éclaircissement convenable, conclu par une purge salutaire).

Finalement, le 23 janvier 2002, le couperet tombe : la Cour d’appel versaillaise, saisie d’une requête en nullité produite par l’avocat de Barril, rend sa décision. Brutale, je dirais amusante, mais inattaquable en droit. Elle la base sur le fait que Plunkett et Mary Reid, parties civiles admises le 9 décembre 1992, alors contraints de verser une caution de 5 000 francs sous délai de 40 jours ne s’en ont acquittés … que le 41ème !

Fallait la trouver, la ficelle !!! Facile pour l’avocat du capitaine, le redoutable autant que talentueux et énigmatique Jacques Vergès. Je gagerais qu’il a dans son cabinet des collaborateurs chargés de dénicher tout vice rédhibitoire des procédures judiciaires actives. Inutile de dire que chez vous, la décision de la Cour ne peut que susciter deux sentiments contradictoires. D’une part, vous n’avez plus à craindre que Barril ne vous entraîne avec lui au box des accusés, d’autre part elle vous permet de crier au scandale politique plus fort que jamais (façon Roger Marion, policier de haut rang s’étant illustré en Corse – surnommé eagle four par ses pairs). Ce que vous ne manquez pas de faire avec vos folliculaires quasi stipendiés parce que payés d’informations successives et de vos pré-articles à diffuser.

En mars 2003, la Cour de cassation rejette le pourvoi formé contre la décision de la Cour de Versailles. Mais le couvercle est-il pour autant enfin posé sur la marmite au feu depuis le 28 août 1982 ? N’entendra-t-on bientôt plus parler de ce « premier scandale de l’ère Mitterrand » ? Non pas. La légende est si bien entretenue qu’aujourd’hui encore on en parle officiellement ou non pas seulement dans les chaumières et les brigades, mais dans les hautes sphères politiques.

Allez, voyons maintenant la cause de cette pérennisation en examinant les données de la sulfureuse affaire des écoutes administratives de l’Elysée. Mais tout d’abord, vous, qui êtes  fin  juriste et procédurier – pas dans tous les sens du terme, hélas, votre PV de Vincennes en est la démonstration -, dites-moi si je ne fais pas gourance dans le minimum de savoir que j’expose ici, puisé pour partie dans des textes officiels :

           A/ « Gouverner, c’est prévoir. » A une époque très lointaine, s’inspirant de cette incitation-suggestion, les maîtres de destinées d’un pays ont pratiquement toujours animé ce que l’on appellera « un cabinet noir. » En charge de les éclairer opportunément sur les talons d’Achille, les projets, manœuvres, etc., de leurs rivaux, de leurs ennemis déclarés, ou potentiels tels les amis et alliés  du moment.

            B/ Depuis de nombreuses décennies, en dehors des écoutes judiciaires légalement encadrées législativement, et de certaines administratives trop vaguement réglementées, d’autres dites purement sauvages ont été l’apanage de nos timoniers successifs. Pratiquement tous en ont usé, et pas seulement dans l’intérêt de l’Etat. Je citerai le cas Balladur/Schuller-Maréchal, le cas des micros placés au Canard enchaîné sous Giscard d’Estaing, le cas de Prouteau, écouté lui-même entre 1995 et 1997 au temps d’Alain Juppé, alors Premier ministre.

Qu’en est-il aujourd’hui, qu’en sera-t-il demain de l’atteinte aux libertés dont il est question ? On connaît l’existence de nombreux services officiels chargés du renseignement au profit de l’Etat, mais on ne sait que peu de choses sur leurs pratiques (et c’est tant mieux en ce qui concerne la protection de notre pays). Par ailleurs, l’évolution récente de la technologie voulant que déjà se vendent des téléphones mobiles prééquipés permettant à tout possesseur lambda de pénétrer l’intimité de ses semblables (numéros appelés et appelants, teneur des conversations, etc.), il est aisé d’imaginer qu’il y aura pléthore de procès intentés par des « violés ». D’autant plus que le délai de prescription démarre non pas au jour de l’infraction, mais à celui de sa découverte (revoyez l’arrêt de cassation / Anzani / cas des écoutes de l’Elysée).

            C/ Pendant la période des écoutes élyséennes – opérées de début 1983 à mars 1986 – aucun texte législatif ne les encadrait. Il n’en demeure pas moins qu’officieusement il était convenu de ne pas écouter médecins, parlementaires, avocats, journalistes, syndicalistes, etc. A croire que dans ce monde n’existent que des gens « sains », habités que de nobles intentions et ne voulant surtout nuire ni à autrui ni à la France ! Mais que nenni ! Je me souviens  en effet d’un certain préfet d’Alsace, Picard, espion au profit de l’URSS (lui qui giflait son chauffeur « Henri », que j’ai connu), du journaliste de renom, Jacques Angelvin (impliqué dans la French connection), d’Isabelle de Wangen, de Paris-Match (ayant publié l’interview de Mesrine, évadé), de maître Daoust, avocat de l’intéressé (ayant fait de même dans son hebdo Photo-Police, à Montréal), de l’avocate qui aida matériellement ce même tueur à s’évader du tribunal de Compiègne… et de bien d’autres  » exceptions comportementales » d’individus trop protégés de par leur statut social.

A l’époque de 1983/1986, comme d’ailleurs antérieurement, la procédure voulait que les demandes d’écoutes dites administratives soient soumises au filtrage du ministre de tutelle des demandeurs puis à l’accord final du Premier ministre. Fini, le temps où un simple policier bien placé pouvait passer outre dans son intérêt personnel ou au bénéfice d’autrui ? Oh que non ! Seulement restreint. Une loi n’est pas toujours appliquée par ceux qui demandent à bénéficier de sa protection. « Faites comme je vous dis… ce que je fais ne vous regarde pas ». Et comme au temps des écoutes élyséennes, n’existent que des recommandations, la tentation est grande de n’en pas tenir compte, étant habité d’une  certitude, celle de ne pas s’exposer aux foudres d’une loi… qui brille par son  inexistence.

(Chronique 35/47 parue)