Chronique 32/47

Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIRE N° 32

Extrait de lettre du « colbacké « à Barril (voir 7/10 ci-dessous)

Pourquoi donc Madre avait-il omis de citer le patron de la BR vincennoise (l’adjudant Mouillard), un gradé trop timoré pour avoir proposé spontanément de témoigner ? Soit, en bon camarade ne voulant pas nuire à Windels, il aurait feint d’avoir oublié tout élément en rapport avec sa présence ou son absence. Soit, son honnêteté intellectuelle que je ne mets pas en doute l’aurait conduit à dire la vérité car dès le 28 août 1982, peu après 20h30, sans que son nom n’apparaisse dans votre procédure, je vous rappelle qu’il s’était mis à la tâche en appoint de votre équipe. Ceci pour ne l’interrompre que le lendemain soir (vous souvenez-vous lui avoir dicté le PV de synthèse ? – nous étions dans mon bureau – il était assis sur mon siège).

Mouillard aurait aussi pu ajouter cet autre élément significatif dont il nous avait rendu compte dès son retour de Paris à Vincennes – élément que Prouteau avait négligé de produire chez Verleene et lors des jugements correctionnel, puis d’appel en 1992 :

« … Je viens d’accompagner mon subordonné Lemonnier, convoqué par le général Boyé. Nous avons abordé Prouteau dès sa sortie du bureau. Il nous a demandé : « Mais enfin, pourquoi mentez-vous ? Qu’avez-vous donc contre le GIGN ? Arrêtez de mentir. Dites enfin la vérité ! » Ce à quoi Lemonnier et moi avons répondu d’une seule voix : « On n’a rien contre le GIGN, mais contre Beau, oui ! Il nous assassine lâchement pour échapper à l’opprobre de son écroulement certain.» Et Prouteau, sidéré, nous a quittés sur cette exhortation : « Soit ! Alors dites votre vérité au général ! »

C’est dire qu’à cette date de mi-mai 1983, période où le glas de votre toute-puissance s’apprêtait à tinter, Prouteau avait insuffisamment d’éléments pour croire en la magouille procédurale de Vincennes ! Sous ses yeux s’étalait d’ailleurs votre si détaillé compte rendu adressé à notre VH (voir chronique 7/47), affirmant le contraire, disant que les Vincennois avaient pactisé en espérant échapper à leurs responsabilités de ripoux. Et il vous croyait totalement incapable de mentir sur votre honneur. Intéressant, cette précision, pas vrai ?

>4/10 – A cette même question relative à la présence de Windels, étendue vers plusieurs éléments de votre ex-équipe notamment, Madre s’entend répondre par presque tous qu’ils l’ont conduit eux-mêmes de Paris à Vincennes. C’est à se demander si, vu l’unisson de cette affirmation, ils ne l’auraient pas plutôt « transféréré » que conduit…

Ces témoignages ont une justification. Ils émanent des personnels craignant, tout comme le major, leur possible mise en examen pour faux en écritures. Sans doute aussi tiennent-ils à témoigner leur solidarité à son égard, ce qui les honore. Il en est pourtant deux dans le groupe qui me paraissent en outre habités du syndrome de Stockholm – ceux dont vous parlez dans votre livre vous ayant déjà plus oun moins bien soutenu au cabinet Verleene : Mathy et Kiss. L’adjudant-chef Kiss qui, s’étonnant du défaut de mémoire de certains témoins, ose interpeller Madre en ces termes alors qu’en une phase ou deux celui-ci commençait à évoquer son souvenir précis des faits diffusés le jour de l’arrestation des Irlandais : « Ca ne nous intéresse pas de savoir ça ! »

>5/10 – Surviennent d’autres multiples incidents. Estimant que c’en est assez de vos aussi incessantes que bruyantes vociférations contre la terre entière, Madre vous condamne vertement au silence et vous invite à faire présenter vos remarques et questions par votre défenseur… quasiment muet, lui. C’est ce qui s’appelle remettre quelqu’un à sa place, non ? Malgré votre insistance, vous ne parvenez pas à diriger la confrontation : c’est Madre qui en a la charge. Et lui seul… sans même la présence d’un membre du parquet comme cela aurait été possible. Et même hautement souhaitable compte tenu des développements de l’Affaire !

>6/10 – Un point est débattu. Précédemment – sans aucun doute sur votre action suggestive – les « lamineurs » médiatiques habituels avaient révélé que le dossier d’enregistrements des communications téléphoniques de Vincennes avait disparu. Qu’il fallait donc y voir la preuve d’une dissimulation coupable étant donné que leur examen aurait prouvé l’existence d’appels en direction de Prouteau et de l’Elysée.

Foutaises ! Pour avoir visé bimestriellement pendant plus de 10 ans ce type de fiches manuscrites officieuses (destinées à freiner les dépenses téléphoniques et à différencier les communications de service des privées), je suis pratiquement le seul des témoins à savoir de quoi il est précisément question. Ce que j’explique à l’assistance :

Il s’agit de feuillets 21×29-7, à colonnes renseignées en temps réel par les standardistes successifs des unités. Teneur des feuillets en cause (agrafés en liasse tous les 2 mois) : nom du demandeur (ou numéro du poste appelant), ville et numéro du demandé, heure d’appel, durée de la communication, prix. Et motif de l’appel (renseigné souvent par la formule « Service ou Enquête en cours »). On voit mal en effet un gradé appelant « rendre compte » au téléphoniste du motif de son appel.

En fait, qui donc avait intérêt à claironner la « disparition » de ce prétendu « dossier« , brandie comme un élément de magouille supplémentaire ? Et à présenter la chose comme un argument en votre faveur ? Cultiver mystère et suspicion servent si bien une cause, qu’il eut été dommage de s’en priver.

Voyant là le moyen de régler ses comptes en ma direction, votre colbacké se lance : « Il y en a un ici qui a photocopié ces fiches. C’est le major Durand !!! » D’où ma nette et sincère réplique : « Si je l’avais fait, il y a belle lurette que je les aurais sorties au nom de la vérité. Elles se sont vraisemblablement « envolées » de la Gendarmerie parisienne où, sur demande du chef de corps, je les avais adressées sous bordereau d’envoi. D’ailleurs, il n’a jamais été contesté que Prouteau ait été appelé depuis Vincennes. Et si depuis un numéro de poste vincennois l’Elysée a été appelé, ce pouvait être à la demande de Barril mais aussi de tout autre militaire cherchant à joindre X ou Y pour un motif quelconque.»

Conclusion : « disparition de « registre » = pipeau ! Mais quel tintamarre !

>7/10 – Vous revient-il en mémoire que ce même colbacké a déclaré : « C’est Durand qui a donné l’ordre à Lemonnier et à Caudan d’aller perquisitionner ! » ? De ma dénégation et de la réponse tout aussi catégorique de Lemonnier : « Ce n’est pas le major Durand, mais Beau en personne !!! » ? (Là, vous n’avez pas osé nier cette réalité). Et de l’hilarité générale provoquée par cette phrase inattendue du même Colbacké: « Ce jour-là, Barril était à Vincennes… Tout le monde l’a vu. Même ma pauvre femme. » Puis de la réplique de Madre estimant que c’en était assez de cette narration de détails, émanant d’un permissionnaire alors en province ? « Vous, commandant, vous n’étiez pas là, alors… «  sous entendu :  » Il suffit ! »

Allez, acceptez que j’en reste à cette hilarité un instant. Savez-vous que le 15 avril 2000, ce même rêveur a donné une interview au Monde (à Fabrice Lhomme si je ne me trompe) ? Extrait : « Aujourd’hui retraité, il a livré un témoignage plus précis, le 4 février 1998 (?), au juge Madre. Au début de la perquisition, seules quatre personnes se trouvaient dans l’appartement en dehors de lui-même : le commandant Beau, le capitaine Barril et deux gendarmes de la BR de Vincennes. Barril a sorti de sa poche un papier enveloppé dans du papier alu…, a-t-il raconté… « 

Sur injonction de Barril, datée du 17 novembre 2000, menaçant de le poursuivre en justice pour faux témoignage, il lui a écrit une lettre manuscrite le 4 décembre 2000 – correspondance ventilée par le capitaine dans bien des salles de rédaction… sans attirer pour autant l’attention des auto-désignés « investigateurs » du Monde, du Canard ou d’ailleurs.

Je cite cet extrait du fameux démenti : « Je vous confirme ce que vous savez déjà : permissionnaire en Auvergne le 28 août 1982. Je n’ai pas assisté à la perquisition effectuée au domicile des Irlandais, et de ce fait n’ai à aucun moment prétendu avoir été présent sur les lieux… » (Beau, dites-moi donc qui a menti : Le Monde ou Colback ? Ou bien les deux ?).

De cette même correspondance, j’extrais ce savoureux passage m’éreintant mais me faisant à la fois bien rire, donnant une idée du harcèlement plus insidieux qu’il m’avait infligé à Vincennes : « (…) C’est surtout l’artisan de la débâcle du début de l’enquête irlandaise. Si au lieu de désigner un jeune chef nommé depuis deux mois (faux : le chef Lemonnier totalisait 13 à 14 mois de service à la BR de Vincennes !) et un jeune gendarme (Caudan), il avait effectué lui-même la perquisition, la Gendarmerie ne serait pas où elle en est… Il s’agit d’une omission caractérisée, du refus de faire face à ses responsabilités, d’un abandon de poste, d’un acte de lâcheté ! Pendant que les autres œuvraient, lui est allé faire des ronds de jambes à la sous-préfecture de Nogent/Marne et à la mairie de Vincennes »… , cette denière allégation relevant de la pure fantaisie, elle aussi ! »

Comme si le sous-préfet Nester et le maire Clouet avaient été présents à leur bureau en ce samedi après 18h30 ? D’ailleurs, je me demande bien de quoi j’aurais pu les informer, l’enquête étant à peine ouverte… sous votre direction

Soyez rassuré, Beau, Colback n’a oublié personne dans sa prose. J’y relève ces passages à propos

>1) de votre indic-plaignant, Campit (lui que j’avais flanqué à la porte de la caserne alors que le dit Colback la lui maintenait ouverte) : « … indicateur occasionnel et truand notoire… »

>2) de Caudan et Bacheler « … Enchaînés, mains derrière le dos, et exposés ainsi dans la cour des familles pendant de longues minutes » … « Trente heures de garde à vue »…

>3) de lui « … On m’affirme qu’une kabale est montée contre mon personnel et moi-même… qu’une chambre de sûreté m’a été réservée au fort de l’Est… »

4) de vous : « … Le 7 mai 1983, je suis de nouveau alerté. Beau fait le siège du parquet de Créteil… »… « Il veut perquisitionner dans les locaux de service de la compagnie et dans les logements des personnels…  » Il relance le feu vert pour pouvoir opérer le jeudi 12 mai 1983 avec l’aide des gendarmes détachés dans les brigades ».

>8/10 – Fidèle à votre attitude, vous rappelez-vous avoir tenté de me discréditer auprès de Madre en disant que ce 28 août 1982, je n’avais pratiquement rien vu ni entendu : « Durand était chez lui ! » ? Et en pensant : « Bon Dieu, il est aussi teigneux que Verleene, ce major ! Dire que je le voulais pour adjoint ! Et que le procureur Lesec, de Créteil, m’a empêché de l’emprisonner à vie. Je ne m’en remettrai jamais. Faudra que je l’intimide, lui fasse peur : peut-être qu’il n’osera plus me mettre à l’index».

(chronique 33/47 parue)