Chronique 10/47
Chronique GENDARMO-MEDIATICO-POLITICO-JUDICIAIREN° 10
Ca va barder entre nous tous, Beau !
Tandis que vos hommes perquisitionnent les domiciles puis les bureaux de Caudan et Bacheler, vous croyez m’apprendre que Campit incrimine deux autres militaires. L’un, gendarme à la BR (ici, je vais l’appeler Martinet) est en liaison étroite avec une prostituée vendeuse de bijoux d’origine incertaine (Patricia S.) ; un autre, gradé d’une brigade du ressort (je l’appellerai Lachaud) a fait l’objet d’une plainte de la part d’une autre « ombre du bois » (Isabelle C.) pour vol et proxénétisme… procédure pendante à la brigade territoriale de Vincennes.
En fait, vous ne m’apprenez rien car je suis au courant de cela, ce que je vous révèle aussitôt. Preuve à l’appui, je vous fais remettre aussitôt par l’adjudant-chef de l’unité et la plainte falsifiée de la main du colbacké et celle qui lui a été substituée… devenue inexploitable. Là, vous exultez. Vous le tenez, votre homologue ayant osé colporter l’illégalité de votre perquisition. Ma foi, si je n’exulte pas, je ne suis pas mécontent de voir la proche issue de mon harcèlement patronal. Hélas, je ne sais pas encore ce que vous et Campit me réservez !
Juste avant votre départ, vous souvenez-vous m’avoir ordonné – sans que je sois tenu d’exécuter parce que vous n’êtes pas mon patron – d’établir une fiche relatant tout ce que je sais sur les faits, sur le rôle tenu et la personnalité des militaires concernés, y compris celui de mon officier ? Après le départ des deux gardés à vue défroqués, de votre équipe et de vous-même, je réussis péniblement à le joindre. Le « tenant » enfin au téléphone, je lui rends compte de la tuile. Loin d’être catastrophé, non seulement il tient à profiter de son week-end tranquillement dans l’Oise, mais il « s’en tamponne le coquillard » et m’annonce même avec joie qu’il est en instance de mutation pour l’état-major légion de Lille.
En fin d’après-midi de ce vendredi 6 mai, j’apprends que vous avez convoqué pour 20 heures 30 à Paris l’adjudant Mouillard, chef de la BR et l’adjudant-chef Desbois, chef de la BT. C’est de mauvais augure car je ne suis pas convoqué, moi, leur patron. D’autorité, je me joins à eux. Et nous en apprenons de bien bonnes. A savoir que le tenancier du bouge de Saint-Mandé mis sur écoute est racquetté. Par qui ??? Par deux hommes dont vraisemblablement Bacheler. Désireux d’en avoir le cœur net, avec Desbois et Mouillard, sur mon initiative nous quérons illico cette victime supposée. D’entrée elle reconnaît formellement Bacheler comme étant celui à qui elle avait mis son poing dans la figure tant il insistait pour avoir une arme du trafic supputé (ce ripou avait effectivement porté des lunettes noires qq. temps auparavant… ceci après une chute prétendue dans son escalier). Quant au second racquetteur, elle en donne un signalement si précis et caractéristique qu’il ne peut s’agir que de Campit. De même les voitures utilisées lors des soirs de ramassage des sommes exigées (déposées sur une poubelle), correspondent en tous points aux leurs. Ce que je dis aux enquêteurs… Sans qu’ils ne m’entendent… et sans que mon idée émise d’une confrontation ne suscite la moindre envie de passer à l’acte. Et pour cause : un précieux indic, si véreux soit-il, se doit d’être gardé sous le coude. Pas vrai, Beau ?
De retour à ma caserne, qui vois-je ? Mon colbacké en compagnie de personnels de la BR. Il est si peu soucieux que ses plaisanteries habituelles fusent encore… mais tombent à plat pour une fois. Il est déjà « ailleurs » : en état-major à Lille, probablement…
Le lendemain matin, lorsque j’arrive à Paris pour vous remettre mon écrit (5 pages), qui vois-je encore sortir d’un bureau ? Vous et votre homologue colbacké, conduit en vos murs du Bastion XIV par Mouillard. Colback est en survêtement… toujours en position de détente pour le week-end. Sans doute a-t-il mal compris le sens de marche prescrit par notre général : « Les officiers doivent marcher au son du canon… » Quelle a pu être la teneur votre dialogue ? Je l’imagine ainsi :
Vous : « Salaud, tu as médis de moi en colportant des ragots. Je me venge. Tu vas payer car je bouclerai un maximum de tes gars. Et toi, avec ta falsification de PV, tu vas plonger ! » Colback : « Tu es foutu, toi aussi : je relancerai ton affaire bidon d’Irlandais. Ce n’est pas parce que la chambre d’accusation a validé ta procédure que… D’ailleurs, c’est pas malin d’avoir arrêté Caudan sans évaluer les risques de retombées sur tes épaules » Vous : » J’ai le colonel Boisson derrière moi ! Et bien d’autres encore ! » (cette dernière phrase est réelle : Colback l’a mille fois colportée).
A ma question posée de savoir si Campit a été confronté au racquetté, je n’obtiens de vous et des enquêteurs que silence et regards fuyants. De même, je vous file un tuyau que vous n’exploiterez pas. Pas fortiche, pour une SR ! Il s’agit de recueillir la plainte d’une bistrotière de Montreuil/Bois escroquée de 200 000 a.francs par Campit lui ayant promis de faire sortir son fils de prison rapidement. Je ne connais ni le bistrot ni sa taulière, mais j’ai des sources fiables, moi. Sans même quitter ma caserne ! Oh !, ce n’est pas du terrorisme (même supposé), il est vrai. Ni du chapardage de bonbons ou de crayons de couleurs comme à Chinon. Mais ce n’est pas non plus du totalement négligeable puisque ça fait « vivre » la Gendarmerie. Tout enquêteur, autre que celui de pacotille, sait que d’affaires d’importance moyenne peuvent en découler d’autres, retentissantes. Vous saviez-cela ?
Illustration : C’est moi qui, début février 1983, avais fait arrêter au même bistrot de Montreuil, par Serge Devos (patron de la Brigade de Répression du Banditisme), ses 4 premiers receleurs-dispatcheurs de bijoux provenant des braquages répétitifs commis par les illustres récidivistes de la gâchette qu’ont été feux Bruno Sulak et Radisa Stéfanovic. De cela, vous vous souvenez sans doute puisque antérieurement à ce coup de filet mené par la BRB, en novembre et décembre, je vous avais adressé deux messages informels de mes tuyaux… restés lettres mortes.
Ce 7 mai, je fais démissionner Bacheler avec grand plaisir. Quant à Caudan que j’aperçois en vos murs, il me fait pitié. Il est de santé fragile, il est effondré… et vous le faites traiter en criminel. Je l’imagine sorti à brève échéance de cette mauvaise fortune car je le sais faible et influençable, mais foncièrement honnête, lui.
Le dimanche 8, en toute fin de matinée, Colback – toujours au repos sur place où il loge – me téléphone. Depuis chez lui alors que 30 mètres nous séparent… Il me l’ordre de me rendre au parquet de Créteil vers 15 heures, au moment où vous déférerez Bacheler et Caudan. But : faire signer sa lettre de démission à ce dernier. Là, je constate que l’escouade d’escorte donne l’impression d’avoir affaire à des terroristes. Ils sont menottés dans le dos, solidement tenus par leurs camarades, cela sous votre surveillance attentive. Il n’aurait pas été fait mieux avec des Carlos, Abou Nidal… Tout juste si le GIGN et les chars de Satory ne sont pas là, en renfort !
Je m’acquitte de ma mission tout en ayant de plus en plus pitié d’un Caudan qui, à l’issue d’une garde à vue prolongée, ne pouvant retenir ses larmes, nous dit qu’il n’a rien fait de malhonnête, demande humblement pardon à mon accompagnateur, Mouillard, et à moi pour nous avoir créé des ennuis.
(Chronique 11/47 parue)
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